
D’abord, le chiffre d’affaires du secteur (total des primes) a franchi en 2006 la barre des 650 millions de dollars (chiffres provisoires), un peu plus qu’en 2005. Ce qui représente environ 3% du PIB, alors que le secteur bancaire, par comparaison, pèse près du double. Il faut noter à cet égard que seuls 4 types d’assurance sont obligatoires au Liban : voitures (dommages corporels des tiers), ascenseurs, employés étrangers, accidents sur le lieu de travail. L’assurance construction est en cours d’élaboration.
Par rapport aux pays arabes, même plus riches, la pénétration du secteur au Liban reste cependant parmi les plus élevées, avec 160$ par habitant. C’est pour dire que, pour des raisons sociologiques, et parfois religieuses, le concept de l’assurance n’est pas encore pleinement entré dans la mentalité générale.
Une cinquantaine de compagnies se répartissent ce secteur, ce qui est évidemment considérable par rapport à la taille du marché. Une concentration est d’ailleurs en marche. Pourtant, il y a eu dans les années 90 une douzaine de fusions et une autre douzaine de retraits de licences, avec aussi quelques faillites. Le secteur s’assainit donc doucement - trop doucement car nombre de ces compagnies ne sont que des intermédiaires pour les réassureurs.
D’ailleurs, le recours à la réassurance a été bien réglementé, rendu obligatoire et généralisé selon des accords spécifiques avec de grands joueurs de cette activité dans le monde : GE Frankona, Swiss Re, Munich Re...
Parmi les assureurs locaux, on constate une présence étrangère beaucoup plus importante que dans le secteur bancaire. Avec par exemple en bonne position les français AGF (groupe Allianz), Axa, Scor, Sogecap, Predica, Assurances Banque Populaire…ou américains comme American Life (groupe AIG). Auxquelles on ajoute quelques joueurs régionaux (Arab Life, Medgulf…).
Dans le sens inverse, une douzaine de compagnies libanaises ont une présence significative sur les marchés régionaux. Cette présence a dû parfois être « arrachée » car il est juridiquement très difficile de s’implanter sur ces marchés. Par exemple, certaines ont établi des unités à Bahreïn pour servir le marché saoudien sans y être vraiment. Un seul exemple fait état d’une expansion extrarégionale (vers l’Europe) car une unité principale a été établie depuis des décennies en France (le groupe MEPA), alors qu’un autre exemple (la Libano-Suisse) présente un développement vers l’Afrique francophone.
Dans ce contexte, le croisement banque-assurance a donné lieu à de multiples partenariats. Une douzaine d’assurances sont détenues par des banques. Et des polices d’assurance sont vendues sur les guichets des grandes banques du pays, selon des accords de partenariat. Même si, là encore, la législation ne s’est pas pleinement adaptée à cette forme de commercialisation.
L’assurance médicale est, en terme de chiffre d’affaires, la plus importante : elle représente près de 40% de l’assurance non vie. Même si elle n’est pas bon marché, elle est parfois indispensable dans un pays où seulement la moitié de la population jouit d’une quelconque couverture santé étatique ou mutuelle. A ce niveau on note une activité qui s’est bien développée et a acquis un degré de professionnalisme optimal : il s’agit des sociétés de gestion de l’assurance médicale (pour le compte d’assureurs ou parfois de mutuelles). Leur leader, MedNet, fait d’ailleurs office de référence en la matière et exporte désormais son savoir-faire à l’étranger. D’ailleurs, le déficit grave du système étatique, en termes de gestion comme de couverture, favorise justement le développement de plusieurs types d’assurance et d’activité.
L’assurance vie en est un autre exemple. Il s’agit là des 2 volets : l’assurance décès-invalidité d’un côté, et l’assurance vie-retraite de l’autre. Ce dernier volet a d’ailleurs connu un développement fulgurant au cours des dernières années, encore une fois comme résultat du déficit du système étatique appelé « indemnités de fin de service ». Ce sous-secteur est très concentré avec près de 70% des primes aux mains de 5 compagnies (les étrangères précitées).
L’assurance auto est devenue obligatoire il y a seulement quelques années, et encore, uniquement pour les dommages corporels occasionnés aux tiers. Une extension de la couverture vers les dommages matériels est sous étude.
Les autres formes d’assurance (incendie, risques divers) évoluent à un rythme moins soutenu et restent liées à la conjoncture. Par exemple, le « tous risques chantier » dépend, pour son volume, des fluctuations de l’activité du BTP selon les périodes.
Pas de chiffre significatif en revanche pour l’assurance marine et aérienne (trop lourde pour être prise en charge par des sociétés locales) ; ou encore les assurances agricole et de guerre (trop risquées) ou l’assurance crédit.
Malgré l’ensemble de ces aléas, on continue à croire, à l’intérieur du secteur comme dans le cercle des économistes spécialisés, à une évolution à 2 chiffres des primes de l’assurance. Et à une extension régionale plus conséquente avec l’ouverture annoncée de plusieurs marchés, à condition que des assureurs libanais réussissent à atteindre une taille suffisante sur leur marché de base. C’est que le ticket d’entrée dans n’importe lequel des marchés voisins (y compris pour la Syrie) tend à devenir de plus en plus cher.