
La surface des terres arables est estimée à 385 000 hectares, soit 37% de la surface totale du pays. Sur ce total, la surface effectivement cultivée est de 266 000 hectares, mais dont seulement 90 000 hectares de terres irriguées d’une façon moderne et optimale. Ceci constitue l’un des premiers problèmes du secteur. Des plans d’irrigation ont bien existé, dans un des rares pays de la région qui ne manque pas d’eau. Mais peu de barrages ont été effectivement construits, de sorte que l’irrigation se fait toujours d’une manière élémentaire.
D’autres problèmes intrinsèques ressemblent en gros à ceux généralement rencontrés dans les pays peu développés : une utilisation excessive, en tout cas peu scientifique, des pesticides et engrais ; une formation insuffisante dans un tissu rural déjà peu éduqué ; une méconnaissance des circuits de distribution, de marketing ou des demandes spécifiques des consommateurs ; des exploitations réduites en surface, ce qui ne permet pas l’acquisition d’équipement moderne.
Dans ce qui ressemble bien à un cercle vicieux, les crédits bancaires sont rares (1-2% de l’ensemble des crédits) car le cash-flow n’est jamais garanti, compte tenu des aléas climatiques. Et, pour la même raison, l’assurance agricole est pratiquement inexistante.
Sur le plan de la concurrence étrangère, les coûts de la production au Liban sont pénalisants, surtout relativement aux principaux concurrents directs que sont la Syrie, la Jordanie et l’Egypte. De sorte que des « calendriers agricoles » étaient généralement conclus avec ces pays, en fonction des dates de récolte et des produits. Mais la contrebande à travers la Syrie en limitait les effets, et, d’un autre côté, les accords de libre-échange ont rendu plus difficile la protection de la production libanaise.
Bien pire, les subventions massives que reçoivent les secteurs agricoles dans différents pays, de la région arabe comme de l’Europe, fragilisent encore plus la compétitivité de la production libanaise.
Face à cela, les subventions étatiques libanaises concernent uniquement, depuis longtemps, trois cultures : le tabac, le blé et la betterave sucrière.
Plus récemment, un programme appelé Export Plus tend à généraliser la subvention, mais uniquement pour l’exportation. Selon ce système, l’Etat prend à sa charge une partie des frais de transport de toute production agricole exportée, à condition qu’elle soit conforme à un niveau de qualité imposé. Parallèlement, le crédit devient un peu plus facile grâce à une bonification des taux d’intérêt.
Au niveau des variétés, les olives, les fruits et les légumes ont toujours constitué les produits phares de la production libanaise exportable, vu l’avantage comparatif que constitue le climat local pour ces genres de cultures. Mais, pour les raisons citées ci-dessus, cet avantage s’érode de plus en plus.
A la place, les plus professionnels des agriculteurs s’essayent à d’autres produits qui arrivent à trouver leurs marchés d’exportation. Exemples : les fruits rouges et exotiques, les fleurs, l’huile d’olive haut de gamme, les tomates cerises, les salades iceberg, les champignons, des légumes variés sous serre, etc. Ce qui confirme l’idée largement répandue que l’avenir de l’agriculture libanaise passe par des produits spécifiques à haute valeur ajoutée.
Un autre débouché qui trouve lui aussi un certain succès : l’industrie agroalimentaire. Il s’agit là de développer la production de jus, du vin et des alcools, des plats cuisinés « ethniques », etc., qui trouvent leur place dans les différents pays où vivent des communautés libanaises et arabes.
Il faut aussi ajouter à cette panoplie la culture illicite de la drogue (cannabis, chanvre…). Une activité qui a fait le bonheur des habitants de la plaine nord de la Békaa pendant des décennies, avant son éradication presque totale il y quelques années sous la pression internationale. Les aides généralement accordées dans de tels cas par des organismes internationaux, pour passer à des cultures de substitution, n’ont pas été significatives au Liban.
Au niveau du bétail, ce sont surtout les chèvres qui constituent le gros de la richesse animale, vu le caractère montagneux du pays, mais la production industrielle du fromage de chèvre, très apprécié en Europe, n’est pas encore au point. Les vaches laitières, en revanche, prennent davantage de l’importance avec l’implantation récente de quelques fermes modernes, vu que la consommation de produits laitiers au Liban est très élevée.
L’élevage de volailles (essentiellement des poulets) est caractérisé de son côté par une professionnalisation optimale, avec la présence de deux gros producteurs, et des centaines de petits éleveurs. Pour une production annuelle de quelque 50 millions de poulets et 650 millions d’œufs. Le secteur est d’ailleurs relativement protégé de la concurrence étrangère.
L’apiculture constitue parfois un appoint d’activité lucrative pour les paysans. Le miel libanais est reconnu pour être de bonne qualité, même si son coût de production est élevé. On compte près de 120 000 ruches produisant annuellement quelque 1300 tonnes de miel.
Les autres productions animales sont marginales, que ce soit pour la chasse qui manque de gros gibiers, ou, plus étonnamment, pour la pêche. En effet, avec 220 kilomètres de côtes, on aurait pu s’attendre à une meilleure production de poissons, mais ce secteur est encore gérée d’une façon trop rudimentaire, que ce soit au niveau des équipements ou de la main d’œuvre.
En somme, l’agriculture libanaise, comme dans beaucoup de pays, est un sujet constant de polémiques passionnées. Car il traite autant de thèmes économiques purs que de tissu social un peu particulier.