Des banques parmi les plus riches en liquidités au monde, des dépôts qui ne cessent de gonfler: dans le contexte actuel, le Liban a de quoi faire des envieux, mais doit observer de près les effets de la crise mondiale sur les transferts de ses expatriés, poumon de son économie. "Le modèle bancaire libanais a préservé le pays des répercussions de la crise mondiale", affirme le gouverneur de Banque du Liban (BDL), Riad Salamé, dans une interview à l'AFP.
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A l'heure où les plus grandes banques internationales recherchent désespérement des fonds et licencient par milliers, les banques libanaises sont parmi les plus riches en liquidités avec un taux de 30%, selon Riad Salamé, le gouverneur de Banque du Liban (BDL). Le pays est non seulement à l'abri de la crise, pour le moment, mais ses banques ont engrangé plus de 7 milliards de dollars depuis le début de l'année, leurs fonds propres augmentant de 10%. "Les profits des banques augmenteront également de plus de 10% par rapport à 2007 et les dépôts bancaires le seront de 10 à 12% s'ils continuent d'être à la hausse", indique le gouverneur.
La crise financière a donc paradoxalement fait rentrer de l'argent: au cours de la dernière semaine de septembre seulement, après la faillite de Lehman Brothers, "les dépôts bancaires ont augmenté de 500 millions de dollars, ce qui nous a immédiatement rassuré", souligne M. Salamé, en référence à la banque américaine dont le dépôt de bilan a plongé l'économie mondiale dans la tourmente. La bonne santé du système bancaire au Liban a donné lieu à une situation inédite où le poids des banques -une soixantaine au total- est supérieur à celui de l'économie nationale: leurs actifs (près de 100 milliards de dollars) représentent le triple du PIB (environ 24 milliards). Et c'est à coups de régulations prudentes depuis la fin de la guerre civile (1975-1990) que les banques libanaises, qui sont parmi les plus performantes de la région, ont gagné en solidité. "Nous avons interdit les placements bancaires dans des produits à haut risque comme les subprime qui ont empoisonné les banques internationales et certaines banques régionales et nous refusons qu'une banque fasse faillite à l'image de Lehman Brothers", assure M. Salamé. De plus, dans l'immobilier, deuxième secteur d'investissement au Liban après les banques, la politique est moins flexible qu'ailleurs. L'acheteur doit être capable d'assurer 40% de la valeur du projet ou du produit immobilier.
M. Salamé, à la tête de la BDL depuis 1993 et classé deux fois meilleur gouverneur de Banque centrale au monde par le magazine Euromoney, rappelle que le Liban a dû faire face à d'autres crises, tout aussi graves, comme la série d'assassinats politiques depuis 2005, une guerre destructrice en 2006 entre le Hezbollah et Israël et une crise politique qui a paralysé les institutions étatiques pendant un an et demi. Selon la BDL et le Fond monétaire international (FMI), la croissance économique libanaise atteindra 6% en 2008, contre 4% en 2007. Mais malgré ce climat positif, les experts s'inquiètent des retombées de la crise mondiale sur les centaines de milliers d'expatriés libanais, dont les 5 à 6 milliards de dollars transférés chaque année sont le moteur de l'économie libanaise. Les économistes mettent en garde contre la perte d'emplois chez les Libanais dispersés dans le Golfe, en Europe et en Amérique du nord. "Il est certain que la crise économique et la récession dans le monde pourraient ralentir les transferts vers le Liban", admet M. Salamé. "Je suis optimiste pour l'année 2009, mais je suis aux aguets" concernant les flux venant de l'étranger, assure le gouverneur. Car les banques doivent continuer à attirer de l'argent. Elles financent en effet en grande partie la dette publique (plus de 43 milliards de dollars), le plus grave problème de l'économie libanaise.
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