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Les Grandes Ecoles françaises au 21ème siècle : l’attrait du modèle anglo-saxon
Beyrouth, Par Marwan El Ahdab
Le 08 juin 2008
 
A l’Ecole Supérieure des Affaires (ESA), à Beyrouth, a eu lieu vendredi 6 juin une conférence discutant de la place des Grandes Ecoles françaises parmi ses homologues mondiaux. Présentée par Roger Ourset, Directeur Général de l’ESA, cette conférence a été animée par Pierre Bourrier, Directeur Général du groupe AlcelorMittal et Président d’Honneur de l’Association des Anciens de l’Ecole Nationale des Ponts et Chaussées, et Stéphan Bourcieu, Directeur Général du Groupe ESC Dijon Bourgogne. Ouverte à tous, la conférence a rassemblé environ 150 personnes et a permis de mieux faire connaître au public libanais l’historique de l’évolution des Grandes Ecoles d’ingénierie et de gestion, ainsi que les principales innovations que ces écoles ont générées.

Roger Ourset (à gauche), Pierre Bourrier (au centre) et Stéphan Bourcieu
Roger Ourset (à gauche), Pierre Bourrier (au centre) et Stéphan Bourcieu

Roger Ourset (à gauche), Pierre Bourrier (au centre) et Stéphan Bourcieu
S’exprimant dans le domaine de l’ingénierie, Pierre Bourrier a rappelé la vocation étatique qu’ont d’abord occupée les Grandes Ecoles françaises : l’Ecole Nationale des Ponts et Chaussées est née d’un besoin de cartographier le pays pour permettre une meilleure perception de l’impôt, tandis que Polytechnique a permis de soutenir l’effort de guerre des révolutionnaires. Or, nous vivons maintenant dans un environnement globalisé. Preuve en est, parmi les 12 000 anciens élèves de Pont et Chaussées, 30% sont étrangers, tandis qu’un tiers également travaille hors de France. Dans un tel contexte, la vocation étatique n’a plus lieu d’être. Désireux de devenir plus compétitives, les écoles françaises ont donc pris pour exemple le modèle de l’université MIT, dans le Massachusetts, qui compte un effectif de 12 000 élèves pour un budget de 3,5 milliards de dollars. En 1991, ces écoles se sont rassemblées dans le cadre d’une organisation, ParisTech, ce qui leur a permis d’atteindre le même effectif que leur homologue américain, en disposant toutefois d’un budget dix fois moins élevé. Depuis, de nombreuses exigences et innovations académiques ont vu le jour : les étudiants sont maintenant tenus de maîtriser une langue étrangère. Etant donné qu’un tiers des effectifs provient de pays non francophones, un grand nombre de cours est dispensé en anglais. Enfin, pour 90% des élèves, la troisième année se fait à l’étranger, à l’université ou en entreprise.
Cependant, ces améliorations ne permettent pas encore de rattraper le modèle américain, qui s’appuie sur un financement supérieur, en grande partie privé, favorise des liens plus étroits avec les entreprises et dispose d’une législation relative à l’emploi permettant aux réseaux d’anciens élèves de coopter les leurs plus facilement.

S’exprimant dans le domaine du management, Stéphan Bourcieu a rappelé que l’existence des écoles de gestion ne date que du début du siècle et qu’à ce jour, leur nombre n’est encore que de 35, contre 200 pour l’ingénierie. Jusqu’à la fin du 20ème siècle, ces écoles ont obéi à une logique d’exception culturelle, incarnée par le système des classes préparatoires, qui n’existe presque nulle part ailleurs dans le monde. Les exigences étaient alors purement nationales et aucun effort n’était fait pour permettre une harmonisation du système avec celui des autres pays d’Europe. Or, dans le monde concurrentiel de l’entreprise, l’idée d’une exception culturelle est inepte. Dans les années 90, l’Union Européenne a donc créé le système du LMD (licence en trois ans, master en cinq ans, doctorat en huit ans), qui continue de s’homogénéiser progressivement dans tous les pays d’Europe, permettant ainsi une meilleure mobilité des étudiants au sein de l’Union et surtout, contraignant chaque pays à rendre son niveau d’enseignement plus compétitif. A titre d’exemple, depuis quelques années, de plus en plus de bacheliers qui auraient commencé une classe préparatoire choisissent de rejoindre une école telle que HEC Montréal. L’éducation supérieure est donc devenu concurrentielle, l’élève étant sollicité au même titre qu’un client.
Ayant déjà cette culture du challenge, les écoles de gestion françaises ont plutôt bien réagi à cette transformation : dans un classement américain des systèmes européens, les écoles françaises et anglaises sont celles qui sont le mieux classées. L’augmentation fulgurante du nombre de diplômés atteste également de la vitalité de ces écoles : ce nombre, dans les quinze dernières années, a été supérieur à celui des cent années précédentes. Avec un nombre suffisant d’étudiants, émerge la formation d’un corps professoral permanent, gage de qualité pour la recherche et l’encadrement des élèves. On est pourtant loin encore des chiffres affichés par les institutions américaines et anglaises.
 
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