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L'interdiction des motos prive les livreurs de Beyrouth de leur gagne-pain
Beyrouth, Par Rana Moussaoui
AFP - Le 30 mai 2008
 
Livreurs à domicile et coursiers à Beyrouth se sont soudain retrouvés aux abois après la décision du ministère de l'Intérieur d'interdire la circulation des motos dans la capitale pour "contrôler strictement" la sécurité. La décision a été prise au lendemain de heurts entre des partisans de la majorité et de l'opposition qui célébraient un discours du chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah. Plusieurs personnes avaient été blessées lors de l’incident.

Hussein, livreur à Beyrouth, regarde avec impuissance la police emporter son "gagne-pain": sa mobylette. Il fait partie des centaines qui subissent de plein fouet les effets de l'interdiction des motos dans la capitale, décidée pour des motifs de sécurité. "C'est fini, je n'ai plus qu'à rentrer chez moi", lâche-t-il, ironique, après avoir tenté de négocier avec le policier. "Je touchais 300 dollars par mois et maintenant, je n'ai plus rien". La tension étant toujours présente entre les deux camps après les combats intercommunautaires qui ont éclaté le 7 mai et fait au moins 65 morts a Beyrouth et dans d’autres régions du Liban, les autorités ont interdit les motos et les convois de voitures, généralement utilisés pour sillonner la ville lors de célébrations à caractère politique. Les livreurs doivent faire face à une décision qui met en péril leur activité.

Dans la boulangerie "Al Jazeera" où travaille Hussein, située au coeur du quartier commerçant de Hamra, neuf livreurs ont dû partir, l'établissement dépendant presque à 100% des livraisons à domicile. "Un de nos livreurs a même dû payer une amende de 200 dollars pour avoir circulé à moto, sinon il aurait passé deux jours en prison", raconte l'un des boulangers, Ahmad, qui continue quand même à confectionner les "manakichs", les galettes au thym libanaises. "Nos livreurs vont maintenant à pied et nous avons même loué des bicyclettes", indique de son côté Samah, responsable au restaurant de grillades "Kababji", qui affirme compter à 70% sur les livraisons. D'autres ont recours aux voitures, mais le coût est exorbitant. "Un trajet de cinq minutes à moto nous prend au moins une demi-heure en voiture, à cause des embouteillages, souligne Youssef, adjoint du directeur de la chaîne de sandwichs Lina's. "On gaspille de l'essence, qui est assez chère, pour rien, et la nourriture risque d'arriver froide au client, alors autant ne pas faire de livraisons du tout", conclut-il. Vingt litres d'essence coûtent 31.000 livres libanaises (20,7 dollars).

« Intérêt général »

"Cela fait 10 ans que nous sommes dans ce métier, nous n'avons jamais fait face à un tel problème. Vingt livreurs sont partis d'un seul coup!", dit Ghassan, responsable du service de livraison à la chaîne de fast food libanaise "Barbar". "J'espère qu'on nous accordera des licences spéciales", ajoute-t-il. Selon le président du syndicat des restaurateurs, Paul Aariss, plus de 70% des restaurants à Beyrouth ont un système de livraison, et emploient plus de 500 livreurs dans la restauration. "C'est une catastrophe, dit-t-il à l'AFP". Un haut responsable de la sécurité a affirmé à l'AFP que la décision, en vigueur depuis mardi, est maintenue "pour l'intérêt général". Les coursiers, notamment ceux qui distribuent les journaux, les colis et les invitations, voient également leur activité paralysée. "Depuis mardi, on ne travaille presque plus, déplore Mehdi Naanouh, PDG de trois sociétés de distribution. Nous avons 70 employés, dont 40 circulent à moto. C'est vraiment injuste". Il ajoute avec amertume : "On croyait qu'après l'accord (interlibanais) de Doha, on allait avoir plus de travail, et voilà que l'on se retrouve sans boulot". Il fait référence au texte qui a débloqué une crise politique de 18 mois ayant dégénéré à la mi-mai en affrontements sanglants entre les deux camps rivaux.

Toutefois, parmi les personnes non affectées directement par l'interdiction, certains expriment leur soulagement. "Depuis la décision, on ne voit plus de voyous. C'est plus calme", confie Widad, un habitant de Beyrouth, en référence aux partisans des camps politiques.
 
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