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Le Liban se prépare à une grève générale sous haute tension
Beyrouth, Par Rana Moussaoui
Le 06 mai 2008
 
Le Liban se prépare à une grève générale et à des manifestations de rue mercredi sur fond de graves crises sociale et politique, l'opposition et la majorité disant craindre des dérapages.

Mardi, face à la grogne sociale et la hausse vertigineuse des prix, le gouvernement a annoncé qu'il relevait le salaire minimum de 300.000 à 500.000 livres libanaises (200 à 330 dollars) et accordait une prime forfaitaire mensuelle de 130 USD aux fonctionnaires de l'Etat et de 95 USD aux retraités.
Mais la Confédération générale des travailleurs au Liban (CGTL), la principale organisation syndicale, a immédiatement rejeté ces mesures et maintenu son ordre de grève générale qui sera accompagnée de manifestations sur l'ensemble du territoire.

La CGTL, qui revendique des dizaines de milliers d'adhérents et représente fermiers, ouvriers et employés des transports, réclamait l'augmentation du salaire minimum jusqu'à l'équivalent de 600 dollars, les salaires n'ayant pas évolué depuis 1996.
Mais le ministre des Finances Jihad Azour a affirmé qu'une telle augmentation pourrait conduire à une inflation rampante.

Le président de la CGTL, Ghassan Ghosn, a jugé "insuffisantes" les mesures du gouvernement, issu de la majorité parlementaire antisyrienne, réitérant son appel à une large participation à la grève pour réclamer une revalorisation des salaires. "Le gouvernement a complètement ignoré les augmentations de salaires pour les employés du secteur privé", a-t-il ajouté.

Les banques et entreprises devraient ouvrir leurs portes, mais seul un service minimum devrait être assuré. Les écoles devraient en principe être ouvertes également.

M. Ghosn a averti qu'une série de grèves, sit-in et manifestations suivraient ceux de mercredi, si le gouvernement ne rectifiait pas sa politique.

La majorité a accusé l'opposition, emmenée par le Hezbollah et appuyée par la Syrie et l'Iran, de "politiser" la grève, alors que la CGTL est elle-même divisée entre le camp proche de l'opposition favorable à la grève et un autre préférant le dialogue avec le gouvernement.

Plusieurs personnalités de la majorité et de l'opposition ont ainsi exprimé leurs craintes que les protestations ne dégénèrent en heurts entre les camps pro et antigouvernement, et l'armée a été appelée a se déployer en force à Beyrouth et dans les autres principales villes du pays.

Les deux camps sont en plein désaccord depuis plus d'un an et demi sur le partage du pouvoir, et le Parlement a été incapable d'élire un président de la République depuis le 24 novembre 2007.

La crise s'est encore accentuée avec la décision du gouvernement d'enquêter sur un réseau de télécommunications qu'il accuse le Hezbollah d'avoir installé dans le pays "avec l'aide de l'Iran". Il a aussi limogé le chef de la sécurité de l'aéroport international de Beyrouth, Wafiq Choukair, présenté comme un proche du Hezbollah. "Les décisions du gouvernement sont une déclaration de guerre qui pourrait mener à un conflit interne", a déclaré à l'AFP un député de l'opposition, Nabil Nkoula.

Un autre pilier de l'opposition, le général chrétien à la retraite Michel Aoun, a appelé les patrons et les salariés à descendre dans la rue "pour faire tomber le gouvernement de Fouad Siniora" soutenu par l'Occident. "Comme à leur habitude, le Hezbollah et l'opposition vont instrumentaliser les revendications sociales pour se lancer dans une nouvelle bataille" contre la majorité, a accusé le député antisyrien Elias Atallah, qui prévoit un mercredi "chaotique".

M. Ghosn a nié toute politisation de la grève, estimant que l'opposition "n'avait pas besoin de la CGTL pour mobiliser des gens".
 
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