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Fait rarissime, l’Arabie saoudite, le Koweït et Bahreïn, dont les ressortissants dépensent des fortunes au Liban, prisé autant pour ses pistes de ski l’hiver que pour ses plages l’été, ont récemment déconseillé à leurs citoyens de se rendre dans ce pays confronté à sa crise politique la plus grave depuis la fin de la guerre civile (1975-1990).
Ryad est même allé plus loin samedi en demandant à ses ressortissants se trouvant déjà au Liban de quitter le pays "si possible".
Pour une industrie touristique déjà frappée de plein fouet depuis l’assassinat de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri en février 2005 et l’offensive israélienne de l’été 2006 contre le Hezbollah libanais, ces consignes sonnent un peu comme un arrêt de mort.
"Sans les touristes du Golfe, nous ne pouvons pas vivre !", s’exclame Elyssar, employée dans une galerie de meubles sur la route qui relie Beyrouth à Bhamdoune et Aley, deux lieux de villégiatures très prisés par les riches touristes arabes. "Plus de 50% de nos revenus viennent d’eux, car chaque année ils renouvellent leur mobilier dans leurs appartements libanais", explique-t-elle. "On ne peut plus parler de tourisme, c’est fini", estime pour sa part Pierre Achkar, président du syndicat des hôteliers du Liban. "Depuis l’assassinat d’Hariri en 2005 et la guerre de 2006, ce n’est qu’une succession d’attentats, de discours enflammés, d’accrochages. Et tout cela fait fuir les touristes", dit-il.
Dans la capitale, où Saoudiens et Emiratis sont reconnus pour leurs achats extravagants, la consternation gagne. Dans une boutique qui vend des sacs griffés à des prix variant entre 500 et 1.000 dollars, Cosette confie que les ventes ont chuté de façon dramatique, faute de clients.
Dans les grands hôtels de Beyrouth, les clients se font moins nombreux. "Il y a eu malheureusement certaines annulations de la part de clients du Golfe", reconnaît un administrateur du Bristol.
Selon M. Achkar, en temps normal, au moins 60% des clients des hôtels viennent du Golfe et le taux d’occupation dans ces établissements a baissé de plus 50% depuis deux ans. "On casse désormais les prix pour tenter d’attirer les clients", affirme-t-il. "Des milliers de gens du Golfe venaient au pays et nous sommes en train de gâcher tout ça", déplore Paul Aariss, président du syndicat des restaurateurs libanais. "Nous craignons maintenant que les expatriés libanais décident de ne pas venir en visite au pays", ajoute-t-il.
Le pays du Cèdre compte 4 millions d’habitants et l’une des plus importantes diasporas au monde, estimée à plusieurs millions de personnes. "Ma femme, qui est Libanaise, est au Canada mais ne veut pas rentrer au pays. Et pourquoi viendrait-elle dans ce conditions ?", dit Toufic Chehayeb, propriétaire d’un café à Aley.
Pour Jawad, un boulanger de 23 ans, peu importe les récentes consignes des autorités du Golfe, les touristes ont de toute façon déjà déserté le Liban. "Depuis la guerre de 2006, ils ne viennent pas. Qui a envie de faire du tourisme dans un pays qui est peu devenu comme l’Irak ?", commente-t-il amèrement.
Dans un magasin vendant des meubles de luxe, on semble moins préoccupé par la situation. "Des princes et princesses arabes comptent parmi nos clients", explique Randa. "Et ils font leurs achats via internet".
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