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Si vous aviez l’habitude d’acheter votre paquet de lait à 1 800 livres libanaises, il vous en faudra désormais au moins 2 300. Et le lait n’est qu’un exemple. La plupart des produits sont touchés par la hausse des prix. Cela fait un souci de plus, alors que tout le monde est déjà accaparé par des problèmes politiques, en particulier l’élection du président de la République. Pourquoi donc ? Pourquoi maintenant ? Pourquoi certains produits plus que d’autres ? Que fait l’Etat ? Pourquoi les revenus n’augmentent-ils pas en proportion ?
Selon l’économiste Louis Hobeika, l’explication vient du fait que la moitié des importations libanaises proviennent d’Europe et sont donc facturées en euros. Or le Liban est un pays [partiellement] "dollarisé". [Le dollar américain y est utilisé pour de nombreuses transactions, notamment pour les gros achats.] Ainsi, le cours de l’euro à 1,44 [dollars] frappe les gens de plein fouet. A cela s’ajoute un dérèglement de la compétition et de la concurrence. De fait, les personnes qui contrôlent le marché libanais se comptent sur les doigts d’une main. Il faut savoir que de nombreux hommes d’affaires ont fui la violence de la guerre de l’été 2006 et se sont installés dans d’autres pays arabes. Les quasi-monopoles qui se sont ensuite constitués favorisent eux aussi la hausse des prix. Il suffit de comparer les prix de certains produits en Europe et au Liban pour se rendre compte des bénéfices qu’engrangent ceux qui détiennent une position dominante sur le marché.
Les plus fortes hausses concernent les produits alimentaires, explique Hobeika. Premièrement, les engrais et les pesticides sont importés et facturés en euros. Deuxièmement, les prix du pétrole ont flambé. Cela se répercute pleinement sur les fruits et légumes produits dans la pleine de la Bekaa qu’il faut transporter en camion jusqu’à Beyrouth. Et à tout cela s’ajoute évidemment la hausse généralisée des matières premières sur le marché mondial telles que le blé, l’acier et l’or. "Le climat politique tendu favorise l’émergence de monopoles", conclut Hobeika. "Tout le monde a les yeux rivés sur les élections et personne ne surveille les prix. Pour les profiteurs, c’est une occasion en or de voler en toute impunité. Même les hommes politiques ont des comportements condamnables alors que nous sommes en pleine crise nationale. Qui donc demandera des comptes aux marchands ?"
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