BEYROUTH - Le gouvernement libanais a annoncé mardi avoir décidé de relever le salaire minimum, à la veille d'une grève générale qui s'annonce sous haute tension et alors que la crise s'accentue entre la majorité anti-syrienne et l'opposition appuyée par Damas et Téhéran. A l'issue d'une réunion de plusieurs heures du Conseil des ministres, le ministre de l'Information Ghazi Aridi a indiqué que le gouvernement avait décidé d'augmenter le revenu minimum de 300.000 à 500.000 livres libanaises (environ 130 dollars).
Il a également décidé d'accorder une prime forfaitaire de 130 dollars par mois aux fonctionnaires de l'Etat et de 95 dollars aux retraités. Les salaires au Liban n'ont pas évolué depuis 1996, alors que les prix ont grimpé de manière significative au cours des dernières années.
La Confédération générale des travailleurs au Liban (CGTL), principale force ouvrière, a appelé à la grève générale et à une manifestation mercredi pour réclamer une revalorisation des salaires. Dans des déclarations à l'AFP, le président de la CGTL, Ghassan Ghosn, a rejeté les mesures prises par le gouvernement mardi, indiquant qu'elles étaient "de pure forme" et reproché au gouvernement de ne pas avoir inclus le secteur privé dans les augmentations.
L'un des piliers de l'opposition, Michel Aoun, a appelé quant à lui lundi les patrons et les salariés à descendre dans la rue "pour faire tomber le gouvernement de Fouad Siniora", soutenu par les pays occidentaux et l'Arabie saoudite. Plusieurs personnalités de la majorité et de l'opposition ont exprimé leur crainte d'un dérapage mercredi, alors que le pays s'enfonce de plus en plus dans une crise qui dure depuis plus d'un an et demi sur fond de lutte de pouvoir.
"Comme à leur habitude, le Hezbollah et l'opposition vont instrumentaliser les revendications sociales pour se lancer dans une nouvelle bataille" contre la majorité, a déclaré à l'AFP le député anti-syrien Elias Atallah, qui prévoit un mercredi "chaotique". Le député d'opposition Nabil Nkoula a de son côté indiqué à l'AFP que c'est la majorité qui chercherait à attiser les tensions "afin de déstabiliser le mouvement de revendications".
La CGTL est elle-même divisée entre le camp proche de l'opposition qui a appelé à la grève et un autre "loyaliste" qui préfère le "dialogue" avec le gouvernement. En raison d'une crise politique sans précédent depuis la fin de la guerre civile (1975-1990), le Liban est sans chef d'Etat depuis le 24 novembre 2007.