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Economie

Agriculture, bétail: la production alimentaire en Syrie n'a jamais été aussi basse

BEYROUTH | iloubnan.info, avec agences - Le 18 novembre 2016 à 11h32

Les agriculteurs syriens ont besoin d'une aide urgente pour endiguer l'insécurité alimentaire croissante qui frappe leur pays, ont déclaré mardi dernier l'Organisation des Nations Unies pour l'Agriculture et l'alimentation (FAO) et le Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations Unies. Cette affirmation fait suite à leur dernière mission d'évaluation des récoltes et de la sécurité alimentaire en Syrie.

Le rapport de mission conjointe de la FAO et du PAM publié lundi montre que la production alimentaire en Syrie a atteint son plus bas niveau jamais enregistré, l'insécurité généralisée et les conditions météorologiques défavorables dans certaines parties du pays ayant entravé l'accès à la terre, aux approvisionnements agricoles et aux marchés. Cette situation rend de plus en plus difficile le travail des agriculteurs qui peinent à assurer leurs moyens d'existence et les besoins du pays en produits alimentaires. Après cinq ans de conflit, nombre d'entre eux sont incapables de faire face à cette situation.

Du fait de la hausse des prix et de la pénurie d'intrants essentiels tels que les engrais et les semences, ils n'auront d'autre choix, en l'absence de soutien immédiat, que celui d'abandonner la production alimentaire. Cela aura vraisemblablement de graves conséquences non seulement pour la sécurité alimentaire des ménages ruraux, mais aussi pour la disponibilité alimentaire dans le pays, ce qui pourrait se traduire par des déplacements de population supplémentaires.

La production de céréales au plus bas

La superficie plantée en céréales au cours de la campagne agricole 2015-2016 est la plus petite jamais réalisée, selon le rapport qui s'appuie sur des visites de terrain et des enquêtes à travers le pays.

Les agriculteurs ont semé quelque 900.000 hectares de blé au cours de l'année écoulée, contre 1,5 million d'hectares avant la crise. La production, quant à elle, affiche une baisse encore plus marquée, passant d'une moyenne de 3,4 millions de tonnes de blé récoltées avant la guerre à 1,5 million de tonnes cette année, soit une baisse de 55%.

La crise en cours et les sanctions associées ayant perturbé le commerce et les marchés, l'accès aux semences de qualité, aux engrais, aux machines et au carburant nécessaire au bon fonctionnement des pompes et des tracteurs est limité. Les intrants disponibles sur les marchés locaux sont souvent trop chers et de qualité douteuse.

La mauvaise pluviométrie et la destruction d'infrastructures d'irrigation précieuses ont aggravé la situation des producteurs qui tentent d'assurer de la nourriture dans des circonstances défavorables. Dans certains cas, les agriculteurs ont dû passer à des cultures plus robustes mais moins nutritives, notamment l'orge.

L'évaluation conjointe de la FAO et du PAM a révélé de grandes différences entre les gouvernorats en termes d'accès à la terre et aux intrants agricoles, un constat qui invite à intensifier le soutien aux producteurs dans les zones relativement accessibles.

« Aujourd'hui, nous constatons que près de 80% des ménages syriens sont aux prises avec une pénurie de nourriture ou d'argent permettant d'acheter de la nourriture. Et la situation ne fera que s'aggraver si nous ne soutenons pas les agriculteurs pour qu'ils puissent conserver leurs terres et leurs moyens d'existence », a déclaré le Sous-directeur général et Représentant du Bureau régional de la FAO pour le Proche-Orient et l'Afrique du Nord, Abdessalam Ould Ahmed. « L'agriculture était la principale source de revenus des ménages ruraux avant la crise et elle continue à produire dans une certaine mesure, mais elle est étirée au maximum et les agriculteurs ont largement épuisé leur capacité de faire face à la situation », a-t-il ajouté.

« La situation alimentaire de millions personne à l'intérieur de la Syrie continue de se détériorer. Plus de sept millions de personnes sont classées en situation d'insécurité alimentaire à travers le pays. Elles ont épuisé toutes leurs économies et n'ont plus rien à offrir à manger à leurs familles », a indiqué de son côté le Directeur régional du PAM pour le Moyen-Orient, l'Afrique du Nord, l'Asie centrale et l'Europe de l'Est, Muhammad Hadi. « Le PAM et la FAO travaillent ensemble pour investir dans un plus grand nombre de projets de moyens d'existence dans le secteur de l'agriculture car c'est là le moyen le plus efficace de lutte contre l'insécurité alimentaire dans le long terme».

L'impact sur le bétail

Les producteurs de bétail ressentent également les effets de la crise. L'entretien de leurs animaux devenant de plus en plus difficile et coûteux, de nombreuses familles d'éleveurs ont été contraintes à vendre ou abattre leurs moutons, leurs chèvres ou leur volaille.

La poursuite des combats et l'insécurité généralisée continuent de limiter l'accès aux pâturages et aux sources d'eau alors que le fourrage et autres aliments pour animaux sont devenus inaccessibles à de nombreux éleveurs. Cela vaut particulièrement dans les régions où il y a un grand nombre de personnes déplacées à l'intérieur du pays qui ont emporté leur bétail dans leur fuite. Les services vétérinaires du pays sont à court de vaccins et de médicaments, ce qui rend encore plus difficile pour les éleveurs le maintien de la bonne santé et de la productivité de leurs animaux.

En conséquence, la Syrie - autrefois exportatrice de bétail - a vu son cheptel se réduire comme peau de chagrin depuis le début de la crise. Aujourd'hui, il y a 30% de bétail en moins, 40% de moutons et de chèvres en moins, et 60% de volaille en moins alors que la volaille était traditionnellement la source la plus abordable de protéines animales en Syrie.

Prix en hausse et commerce perturbé

Les pénuries générales, les coupures de carburant et l'arrêt de certaines subventions alimentaires ont aggravé l'inflation et la dépréciation de la livre syrienne qui est passée de 395 à 530 contre le dollar limitant encore plus la capacité des Syriens à payer leurs importations essentielles.

Au cours des 12 derniers mois, les prix des produits agricoles et de l'élevage n'ont fait qu'augmenter. En raison à la fois des sanctions économiques, des perturbations du marché et de la baisse de la valeur de la livre syrienne, les prix des intrants agricoles ont augmenté plus vite que ceux des produits finis. De ce fait, les agriculteurs subissent de grosses pertes.

Dans un contexte de fragmentation des marchés et de goulets d'étranglement au niveau des transports, les producteurs, les transporteurs et les négociants sont confrontés à des coûts extrêmement élevés et à des risques accrus au plan de la sécurité. Les consequences sont des stocks excédentaires dans le nord-est du pays, tandis que l'ouest compte largement sur ses importations. Un soutien urgent est donc également nécessaire pour acheminer aux communautés dans le besoin les excédents stockés dans d'autres parties du pays, et notamment en puisant dans les stocks locaux pour les livraisons d'aide alimentaire.

Une offre plus abondante découlant à la fois de récoltes récemment rentrées et de livraisons d'aide alimentaire à la ville assiégée de Deir Ezzor a permis d'abaisser de 12% à 15% le prix de la farine de blé sur plusieurs marchés en juin 2016. Mais les prix du blé étaient néanmoins toujours plus élevés (entre 40% et 50%) par rapport au même mois de l'année précédente.

Interventions d'urgence

Etant donné que le conflit a considérablement réduit la capacité du gouvernement de se procurer et de distribuer des semences de qualité à des prix subventionnés, de nombreux agriculteurs sont contraints de puiser dans leurs stocks de semences qui vont s'amenuisant, d'emprunter auprès de parents et voisins ou d'acheter des graines au prix fort sur le marché.

Pour aider les familles à continuer à cultiver et à élever du bétail, la FAO a depuis début 2016 soutenu plus d'un demi-million de personnes en leur distribuant des semences de céréales et de légumes et de la volaille vivante pour l'élevage. Elle a également livré du fourrage et organisé des campagnes de vaccination.

Depuis 2011, le conflit a déplacé près de 11 millions de personnes, dont 4,8 millions ont trouvé refuge dans les pays voisins. Beaucoup de personnes déplacées à l'intérieur de la Syrie ont été forcées à se déplacer à plusieurs reprises.

Chaque mois, le PAM fournit une aide alimentaire à plus de 4 millions de Syriens vulnérables à l'intérieur de la Syrie. Environ 30% de cette aide passe vers les zones assiégées et difficiles à atteindre grâce à des livraisons transfrontières ou à travers les lignes de démarcation.

Une grande partie des éleveurs syriens figurent parmi les personnes déplacés et ont emporté leur bétail avec eux vers des zones plus sûres. Pour les agriculteurs syriens, cependant, il reste peu d'options: soit ils continuent à travailler dans leurs champs, soit ils abandonnent leur unique source de revenus pour un avenir incertain parmi les millions à la recherche d'une certaine sécurité dans les communautés d'accueil de plus en plus débordées.

Selon les dernières enquêtes auprès des ménages, quelque 9,4 millions de personnes à travers la Syrie ont besoin d'assistance, soit quelque 716.000 de plus qu'en septembre 2015. Les gouvernorats qui ont le plus grand nombre de personnes dans le besoin sont Quneitra, Dara'a, Damas, Idleb et Alep.

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#Agriculture, #Syrie
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