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Economie

Quinzaine du commerce équitable : les défis du Fair Trade "made in Lebanon"

BEYROUTH | iloubnan.info - Le 16 mai 2012 à 10h58
Par Andrew Codd
Photo: fairtradelebanon.org
Lancée ce samedi 12 mai en grande pompe aux Souks de Beyrouth, la Quinzaine du commerce équitable s'invite pour la première fois au Liban jusqu'au 27 mai. Grâce à cet événement, Fair Trade Lebanon (FTL), principale organisation pour le Commerce équitable au pays du Cèdre, espère bien réussir à sensibiliser le consommateur libanais à ce type de commerce.
Fondé sur des principes de respect du producteur et de production durable, le commerce équitable est avant tout un label censé garantir une certaine forme d'équité entre le producteur et le consommateur.

La population libanaise qui a récemment manifesté contre la flambée du prix des denrées alimentaires primaires, est elle prête à consommer des produits 10 à 15 % plus chèrs sous prétexte qu'ils sont estampillés « équitable » ?

Oui, si l'on en croit Phillipe Adaime, trésorier administrateur de FLT.

"Même si nos produits équitables sont un peu plus chers, ce sont aussi des produits d’excellence, c'est à dire que le consommateur peut être assuré que la chaîne de production à été contrôlée dans son intégralité, ce qui n'est pas toujours le cas au Liban," affirme celui-ci en faisant référence aux récents "accidents" de produits avariés à Beyrouth, et aux polémiques qui en ont découlé après plusieurs cas d'intoxication.

Pionnière dans le domaine du commerce équitable libanais, FLT est née en 2006 d'un partenariat avec Artisanat SEL, une association française de commerce équitable. Au départ largement centrée sur l'exportation d'huile d'olive, l'organisation a considérablement élargi sa gamme de produits. Elle est aujourd'hui partenaire avec 14 coopératives et se targue de faire travailler 650 personnes dans tout le Liban.

Cinq points de vente au Liban

FLT s'est avant tout développée autour de l'exportation, vers l'Europe principalement, mais également vers le Japon depuis peu. «La priorité était de trouver des débouchés pour les petits producteurs d'huile d'olive du Sud du Liban, et le marché étranger représentait à ce titre la meilleur option » explique M. Adaime. On touche ici à ce qui fait une des principales critiques du commerce équitable, à savoir le choix de l'exportation au mépris du commerce au niveau local. Selon les chiffres de la FAO (Food andAgriculture Organization), le Liban est encore en état de dépendance alimentaire puisque le pays dédie environ 13 % de ses importations aux produits agricoles soit environ 1500 millions d'euros.

En revanche, pour Phillipe Adaime, le choix de l'exportation n'est aucunement paradoxal avec les principes du commerce équitable. Pour ce dernier, si les produits équitables ne sont disponibles que dans très peu de boutiques spécialisées au Liban (5 boutiques éparpillées dans le pays ) , c'est avant tout la faute des grands distributeurs. « Les réseaux de grandes distributions posent des conditions drastiques pour commercialiser nos projets, la première choses qu'ils demandent c'est de voir notre plan marketing, en tant que petites structures nous n'avions tout simplement pas les moyens » avoue le trésorier de FLT.

Vers la grande distribution

Mais aujourd'hui les choses semblent changer, et les consommateurs libanais pourront bientôt trouver dans certaines de leurs grandes surfaces des produits issus du commerce équitable. Cet intérêt soudain de la part des grands groupes de distribution n'est sans doute pas innocent. Le commerce équitable reste un business rentable, même si il est un peu ralenti par la crise, il a généré un chiffre d'affaire mondial de plus de 3,5 milliards d'euros cette année, soit une hausse de 1,5 milliard depuis 2003.

"Le commerce équitable est également un moyen pour les grandes surfaces de se donner une meilleure image, elles ont compris l'intérêt qu'elles avaient à faire du social business […] maintenant, ils nous prennent enfin pour des interlocuteurs sérieux et non plus comme de simples VRP" confirme M. Adaime.

Quand on lui demande si ses produits ne contribueront pas à concurrencer directement les autres petites structures libanaises dont les produits sont déjà présents dans les supermarchés, celui-ci est plus nuancé.

"Dans un certain sens nous concurrencerons certaines entreprises libanaises, mais c'est l’excellence de nos produits qui fait la différence et au final c'est au consommateur de juger."

En misant sur un label prônant l’excellence et en distribuant ses produits à un prix de 10 à 15 % plus élevé que ses concurrents, l'arrivée du commerce équitable au Liban semble donc définitivement s'adresser aux franges de la population les plus aisées.
Tags
#Commerce_équitable, #Fair_Trade_Lebanon
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