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Economie

Recourir au dialogue pour stimuler l'économie du Yémen

LONDRES | CGNews - Le 19 mars 2012 à 10h43
Le 21 février dernier, les Yéménites se sont rendus aux urnes pour élire leur nouveau président de la transition. Cette élection était néanmoins particulière. Il n'y avait qu'un seul candidat: l'ancien vice-président Abd-Rabbu Mansour Hadi. Le Hirak dans le sud – vaste mouvement qui composé de groupes séparatistes – et les rebelles houthistes dans le Nord ont boycotté l'élection, montrant ainsi qu'un grand nombre de Yéménites ne sont pas convaincus que l'élection marque le début d'une transition démocratique. Malgré le boycott, le taux de participation s'est avéré impressionnant – plus de six millions de votants sur dix millions d'électeurs inscrits.
Maintenant, le président Hadi doit agir pour unir une nation divisée et amorcer le dialogue avec tous les groupes afin que l'avenir meilleur promis par la révolution yéménite puisse devenir une réalité. Dans le cadre de ce processus, il est essentiel de s'occuper de l'économie du Yémen.

Les revendications de groupes tels que les Houthis et les Hirak sont essentiellement d'ordre économique. Le Nord et le Sud ont eu des relations complexes: le Yémen du Sud était autrefois un pays distinct. Il s'est uni au Nord en 1990 et s'en est séparé le temps d'une brève guerre civile. Aujourd'hui, le Nord et le Sud forment un seul et même pays mais les sudistes se plaignent du fait que leur région a été négligée par le gouvernement central dominé par le Nord et que les cheiks tribaux du Nord ont privé le Sud de la richesse qu'il pouvait tirer de ses ressources, dont le pétrole brut. Les groupes séparatistes Hirak réclament le territoire qui englobe l'ancien Yémen du Sud afin de se séparer de l'actuelle république du Yémen.

Actuellement, le Yémen tout entier fait face à un chômage massif, à un déficit budgétaire de USD 3,75 milliards et à une économie en recul de 5% en 2011. La première mesure du président Hadi devrait donc être de sortir le Yémen de la terrible situation économique dans laquelle il se trouve.

Au Yémen, le secteur privé s'est battu contre le poids de la corruption. Le nouveau gouvernement doit convaincre les hommes d'affaires yéménites d'investir dans leur pays et de créer plus de débouchés en traitant le problème de la corruption. Il est essentiel que ces débouchés soient offerts dans tout le pays et pas seulement à Sana'a et dans ses environs. Ainsi, le chômage diminuerait dans le Nord et le Sud, ce qui représenterait une double satisfaction quand l'on sait que les groupes armés ont l'habitude de recruter parmi les chômeurs.

Cependant, le redressement de l'économie yéménite est étroitement lié à l'instauration d'un dialogue national. Le dialogue politique permet de répondre aux requêtes des Houthis et constitue sans doute le seul moyen de les persuader de rendre les armes et de rejoindre le processus politique. Le gouvernement national devrait aussi organiser la reconstruction totale de la région de Sa'ada, dans le nord Yémen, qui est contrôlée par les Houthis et qui a été décimée par la guerre. En réalité, si les Houthis acceptent de poser les armes, la stabilité, si importante pour le développement économique, s'ensuivra.

Quant au mouvement Hirak, il faut lui faire comprendre qu'un Yémen uni repose sur la coopération et non sur l'occupation. Il faut aussi le convaincre de ne pas passer d'un mouvement de protestation à un mouvement de rébellion armée.

Le président Hadi doit agir vite pour garantir au Sud que son avenir réside dans un Yémen uni. La règle de droit doit être rétablie dans le Sud pour que l'Etat soit perçu comme un Etat juste et impartial – et non pas comme une extension du pouvoir tribal arbitraire du Nord.

La renégociation du port d'Aden avec la société Dubai Ports World (DPW) serait un moyen efficace de soutenir l'économie et, pour le président Hadi, de montrer son sérieux en matière de changement. DPW n'a pas atteint les objectifs de croissance dans l'Aden du sud Yémen, une ville portuaire qui bénéficie d'une position stratégique entre la mer Rouge et la mer d'Arabie. Un nouveau propriétaire doté d'une vision ambitieuse pourrait restaurer la gloire passée du port d'Aden et lui apporter des revenus fort nécessaires.

Les Yéménites ont voté en assez grand nombre pour remplacer le président Saleh et son successeur, M. Hadi, est doté d'une bonne volonté. Néanmoins, le président Hadi doit agir vite et montrer que la démocratie est en bonne voie. Un nouveau président ne changera pas à lui seul les perspectives du Yémen. Le peuple doit désormais faire fi de ses exigences et s'atteler à reconstruire son pays. Les Yéménites veulent suivre une nouvelle voie. Y parviendront-ils ou non? Cela dépendra en fin de compte de leur capacité à donner un second souffle à leur économie.

Abubakr Al-Shamahi, d'origine britannico-yéménite, est un journaliste indépendant et le rédacteur en chef de CommentMidEast.com
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