« Bienvenue dans le show off à la libanaise ! »
« J’ai fait en sorte que les clients déconnectent complètement de Beyrouth », explique Chafik El Khazen le propriétaire du Sky Bar. Ce jeune Libanais, 31 ans à peine, n’en est pas à sa première expérience de « roof top ». En 2002, à son retour de Californie où il a étudié pendant plusieurs années, il décide d’importer le concept de bar à ciel ouvert, alors inexistant au Liban. Il créé donc le Palm Beach Hôtel, sur la Menara, la grande corniche de Beyrouth. Mais trois ans plus tard, le bail expire et il doit abandonner son projet. « Tout le monde me déconseillait de créer un autre bar mais je n’ai pas voulu les écouter », raconte Chafik El Khazen. Finalement, le Sky Bar voit le jour le 11 juillet 2006. Une date qui ne pouvait pas plus mal tomber puisque vingt-quatre heures plus tard, la guerre éclate entre Israël et le Hezbollah. L’établissement est obligé de fermer et perd plus de 450 000 dollars à cause de la guerre de Juillet.
Un an s’écoulera avant la réouverture du Sky Bar. Depuis, l’endroit ne désemplit pas et bat des records avec plus de 4500 entrées chaque soir.
En été, jet-setters du monde entier côtoient Libanais de la diaspora. Ils ont entre 25 et 50 ans. S’il fallait leur trouver un dénominateur commun, ce serait sûrement leur tenue vestimentaire : impeccable, sophistiquée et parfois provocante chez certaines femmes. « Ici les gens viennent pour se montrer, pas pour danser. Bienvenue dans le show off à la libanaise ! », explique cyniquement Salah, accoudé sur sa table, un cigare à la main. Ce Libanais expatrié à Dubaï a tout juste le temps de terminer son explication que des jets de flammes s’érigent tout autour de la terrasse « cela fait partie du spectacle », poursuit-il, sourire au coin des lèvres. La foule devient subitement hystérique, les corps se réveillent et deux femmes grimpent sur le bar pour danser, cheveux au vent… « Quand une telle énergie émane du lieu, les gens se laissent aller. Les Libanais adorent dépenser et ce n’est pas rare de voir des tables laisser 50 000 dollars à la fin de la soirée », explique Chafik El Khazen. Celui qui affirme le plus sérieusement du monde, détester les « nouveaux riches », ne cesse de répéter qu’il mène un combat avec le Sky Bar. « Je veux placer Beyrouth sur une carte internationale et montrer que le Liban ce n’est pas que le Hezbollah. Si un jour, ces militants obtenaient le pouvoir, nous disparaîtrions, j’ai toujours cela en tête. C’est peut être ce qui explique que l’on se lâche autant ici… », declare Chafik El Khazen.