A Hamra, le trottoir n’est pas un simple trait d’union pour passer d’un endroit à un autre, mais un lieu à part entière, où l’on s’arrête pour acheter son journal du kiosque, pour saluer l’employé de la banque qu’on croise tous les jours à la même heure le sourire aux lèvres, pour parler de politique devant le café avec les étudiants de l’université américaine…
Le quartier ne cesse de muter. Si tout changement est signe de vie, il faut avouer que les habitués des cafés d’autrefois sont peinés à l’idée de devoir renoncer à certains mythes de la ville. Par exemple, le fameux café « Modca » construit en 1969 et abritant les intellectuels des années 70 et 80 n’existe plus ; il s’est transformé en boutique le 28 février 2003 ! « C’est vraiment dommage de remplacer des cafés par des magasins car ce sont les cafés qui donnent vie au quartier, alors que les boutiques ferment leurs portes à 7 h du soir plongeant le quartier dans les ténèbres de la nuit ! raconte Marie, qui habite à Hamra. Tous les journalistes des quotidiens An Nahar et Assafir venaient souvent prendre un café ou lire leur journal ici, au café Modca ». Plusieurs tentatives ont vu le jour dans le milieu intellectuel et estudiantin pour sauver le café de la fermeture mais en vain. Le propriétaire se retrouvait dans l’incapacité de financer les frais : « Ils disent qu’il ne s’agit pas d’un simple café mais d’un patrimoine, d’une mémoire collective. Je veux bien, mais ce n’est pas cela qui me permettra de payer mes factures à la fin du mois ! » réplique -t-il.
La disparition de « Modca » a cependant eu lieu en même temps que la réouverture du fameux « Horseshoe », fermé depuis la fin de la guerre. Faisant le coin face à l’église des Capucins, il a pu récupérer une partie de la clientèle et du personnel du « Modca » pendant près de 3 ans, avant de refermer ses portes pour donner naissance cette fois-ci à un nouveau café italien, « La Costa ». Jeunes et vieux y sont là pour lire un bouquin, boire un cappuccino, goûter au tiramisu de la maison, ou grignoter une simple salade. Son inauguration date de moins de trois mois et son modèle (décor et menu proposé) en fait un concurrent directe du « Starbucks café » (à quelques pas sur la même rue). Malgré tout ça, l’endroit est toujours bondé.
La fermeture très récente (décembre 2006) du café « Wimpi », l’un des derniers survivants de la première génération de cafés de Hamra, est également une déception pour les jeunes : « ce café a toujours été un repère pour moi et je ressens de la peine en le voyant complètement vidé ! », explique Nour, 33 ans. Face au célèbre théâtre Picadelli, Wimpi était fréquenté par les spectateurs des concerts et des comédies musicales (notamment celles des frères Rahbani) qui sortaient vers minuit du théâtre. Actuellement, l’endroit est totalement détruit de l’intérieur et l’on ne sait pas encore ce qu’il deviendra.
Reste cependant un café trottoir traditionnel non loin de là : le « Café de Paris », dont le personnel, aussi vieux que l’endroit, continue de vous servir avec chaque café un verre d’eau fraîche. L’endroit a été rénové il y’a quelques années pour proposer un cadre plus confortable aux clients : acteurs et metteurs en scène du théâtre Al Madina viennent souvent causer ici sous la lumière des lanternes multicolores nouvellement mises en place.
« Blue Note Café », à Makhoul, dans la région de l’université américaine conserve son cachet musical : jeunes et esprits rebelles viennent y boire un coup en assistant aux concerts variés donnés par de jeunes talents de jazz. Si vous êtes chanceux, vous y tomberez sur Charbel Rouhana, célèbre joueur de oud et compositeur de jazz oriental.