 |
| Crédit photo: AFP PHOTO/ JOSEPH BARRAK |
"Aujourd'hui, tout le monde veut des tours, car à partir du dixième étage ils peuvent voir la mer", déplore à l'AFP Mona Hallak, architecte et militante de l'Association pour la protection des sites et anciennes demeures (Apsad) au Liban. Profitant de cette tendance et du prix élevé des terrains, les propriétaires se précipitent pour vendre leur bien, même s'il s'agit d'une maison traditionnelle ancestrale. La maison est démolie, le jardin détruit et le terrain vendu pour laisser la place à une tour. "A chaque fois qu'une ancienne maison est démolie, un espace vert disparaît et avec lui des arbres parfois centenaires", regrette Mme Hallak. "Les oiseaux qui vivent dans l'arbre disparaissent aussi (...) et toute une qualité de vie", insiste-t-elle. L'unique loi pour la protection des anciennes demeures au Liban date de 1933, à l'époque du mandat français. Elle protège surtout celles construites avant 1700 même si des bâtiments plus récents peuvent également être placés sur la liste des sites protégés. Le ministre de la Culture, Tarek Mitri explique à l'AFP que "la loi porte surtout sur la protection des sites archéologiques". En 1977, après une étude gouvernementale, près de 250 bâtiments à Beyrouth ont été classés. "Cette liste est devenue obsolète. En outre, certains bâtiments qui devraient y figurer n'en font pas partie", souligne le ministre.
Mme Hallak estime pour sa part qu'il est nécessaire de préserver le patrimoine tout entier: "Il est important de sauver une rue entière (...) un quartier (...) toute une structure sociale est liée à ses bâtiments. Nous avons besoin d’une loi moderne qui nous offre la flexibilité de préserver ces bâtiments. » Le quartier rénové de Saifi village, dans le centre-ville de Beyrouth, avec ses immeubles d’habitation peints en couleurs pastel, semble avoir été reconstruit dans le style de l’ancien Beyrouth. « Mais quand vous vous y promenez… c’est vide, malgré les boutiques ‘‘tendance’’ du quartier. On ne perçoit pas l’interaction qui règne habituellempent dans une vieille ville », poursuit Mme Hallak. Les quartiers tradutionnels de Beyrouth sont en général animés par le marché local : boucher, boulanger, magasins artisanaux… la plupart de ces quartiers ont disparu.