iloubnan.info : Pourquoi et comment avez-vous choisi d’adapter le texte d’Abla Farhoud ?
Nabil El Azan : Ca a commencé de façon presque anecdotique. Je rencontre Abla Farhoud à Montréal, elle me demande de lire son roman Le fou d’Omar et de lui dire si, de mon point de vue, il serait adaptable au théâtre. Je lis le texte et lui dis oui sans hésiter, le roman étant basé sur des voix, donc un récit adressé et non introspectif. Elle me lance « alors il n’y a que toi pour le faire… » ! J’aime les défis. Jusqu’ici, je n’avais mis en scène que des pièces écrites pour le théâtre, jamais d’adaptations de romans. J’ai commencé par tenter de faire cette adaptation et c’est en la terminant seulement que le désir de la mettre en scène m’est apparu avec évidence.
Pourquoi avoir choisi de faire jouer 3 comédiens, certes tous francophones, mais de 3 nationalités différentes ? Leurs différences culturelles apportent-elles de la force au texte ?
Avec la même évidence, m’est venue l’idée que les trois personnages de l’adaptation seraient interprétés par trois acteurs d’espaces du français différents. S’agissant d’une famille qui a explosé, il m’a semblé intéressant de mettre l’altérité dans le travail scénique. La création du spectacle s’enrichit alors des vécus, des expériences, des accents différents de chacun des acteurs.
Par ailleurs, je suis extrêmement sensible à cette question de l’altérité dont j’ai fait un axe majeur de mon travail artistique. Le repli sur les valeurs individualistes est une menace qui pèse lourdement sur notre monde contemporain. On en voit partout les effets catastrophiques. Or on est tous d’identité plurielle, culturellement métissés. Le théâtre, c’est l’espace naturel de la transversalité.
Dans Le fou d’Omar, il s’agit précisément d’interroger la question du « vivre ensemble » à travers le rêve d’Omar de recréer le noyau familial à Montréal, en s’enfermant sur des valeurs exclusives. Au final, c’est l’inverse qui se produit. La famille explose... Comme si la guerre qu’il avait fuie en quittant le Liban, continuait son œuvre à l’intérieur de la cellule familiale.
En quoi pensez-vous que ce texte puisse trouver un "écho" particulier auprès des spectateurs libanais aujourd’hui ?
La schizophrénie, l’exil, les rêves fous, l’amour exclusif, le déni de l’autre, du différent, les problèmes d’identité et d’appartenance, sont autant de thèmes que brasse le spectacle et qui sont au cœur de la société libanaise aujourd’hui. Cela dit un spectacle n’est pas une thèse ; c’est d’abord un moment privilégié de plaisir et d’émotion partagés. D’où son importance et son « irremplaçabilité ». Surtout dans des sociétés secouées par des crises identitaires comme la société libanaise, société du tout-spectacle, à commencer par la politique.
D’après le roman de Abla Farhoud (Prix du roman francophone 2006) Adaptation et mise en scène Nabil El Azan
Avec Eric Robidoux (Québec), Thomas Scimeca (France), Gabriel Yammine (Liban)
Représentations :
30 Novembre–9 décembre 2007
20 heures. Relâche les 2 et 3 décembre
Espace Tournesol. Rond-point Tayyouné. Beyrouth.
26 mai-30 juin 2008
20h30. Dimanche 17h. relâche mardi.
Théâtre de L’Atalante. Place Charles Dullin. Paris.