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iloubnan.info > Art & Culture > Toutes les interviews > Nabil El Azan, metteur en scène de la pièce "Le fou d’Omar" au théâtre Tournesol: "Le repli sur les valeurs individualistes est une menace qui pèse lourdement sur notre monde contemporain".
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  Interview
Nabil El Azan, metteur en scène de la pièce "Le fou d’Omar" au théâtre Tournesol: "Le repli sur les valeurs individualistes est une menace qui pèse lourdement sur notre monde contemporain".
Le 30 décembre 2008, 10h00, Par Agnès Matha
 
Ce pourrait être l’histoire « classique » d’une famille libanaise qui quitte le Liban meurtrier pour s’installer au Canada, et tenter de tout recommencer, ensemble. Mais bien plus qu’un récit d’exil, la pièce « Le fou d’Omar » explore à travers trois personnages intemporels les thèmes de l’identité, la foi, la folie, la famille, la peur, l’amour. Décryptage, avec Nabil El Azan, le metteur en scène de cette pièce qui se joue au théâtre Tournesol (Shams) à Beyrouth pour cinq représentation à partir du 30 décembre 2008.
 


Nabil El Azan est né à Beyrouth, où il obtient une Licence en Sciences Politiques à l’Université Saint-Joseph. Mais c’est à Paris, où il vit depuis 1978, que débute sa carrière dans le théâtre : Licence en Études Théâtrales à l’Institut d’Etudes Théâtrales, PARIS III, et, parallèlement, premières mises en scène de pièces d’auteurs comme Pinter, Marivaux, Tennessee Williams etc...
Nabil El Azan a pris en 1986 la direction de la compagnie La Barraca, qu’il oriente vers la création et la promotion de l’écriture dramatique contemporaine, et avec laquelle il produit tous les ans une pièce d’un auteur contemporain : Enzo Cormann, Daniel Danis, Martine Drai, Jean Louvet, Lionel Prével, Noëlle Renaude, Christian Rullier… Ses dernières créations: Quelqu’un va venir de Jon Fosse (Création au Gilgamesh Théâtre. Avignon 06) ; Le Soir de la générale de Claire Béchet, (Création Avignon Off 05, reprise au Théâtre Mouffetard du 21/9 au 30/12 2006) ; L’Émigré de Brisbane de Georges Schéhadé (Festival International de Baalbeck 04) ; Le Collier d’Hélène de Carole Fréchette (Création au Liban et en Syrie en 2002. Tournée française 2002/03/04 : FATP, Les Francophonies en Limousin, Théâtre du Rond-Point, Paris, Scènes nationales, CDN et Théâtres de ville) ; Islande, Terre vivante, (Palais de la découverte, Paris 2004). Iloubnan.info l’avait rencontré en novembre 2007, alors que sa pièce Le fou d’Omar était jouée à Paris. Elle se joue à partir de ce 30 décembre 2008 à Beyrouth, au Théâtre Tournesol (Shams).

iloubnan.info : Pourquoi et comment avez-vous choisi d’adapter le texte d’Abla Farhoud ?

Nabil El Azan : Ca a commencé de façon presque anecdotique. Je rencontre Abla Farhoud à Montréal, elle me demande de lire son roman Le fou d’Omar et de lui dire si, de mon point de vue, il serait adaptable au théâtre. Je lis le texte et lui dis oui sans hésiter, le roman étant basé sur des voix, donc un récit adressé et non introspectif. Elle me lance « alors il n’y a que toi pour le faire… » ! J’aime les défis. Jusqu’ici, je n’avais mis en scène que des pièces écrites pour le théâtre, jamais d’adaptations de romans. J’ai commencé par tenter de faire cette adaptation et c’est en la terminant seulement que le désir de la mettre en scène m’est apparu avec évidence.

Pourquoi avoir choisi de faire jouer trois comédiens, certes tous francophones, mais de trois nationalités différentes ? Leurs différences culturelles apportent-elles de la force au texte ?

Avec la même évidence, m’est venue l’idée que les trois personnages de l’adaptation seraient interprétés par trois acteurs issus de différents espaces du français. Il s'agit d’une famille qui a explosé: il m’a semblé intéressant de mettre l’altérité dans le travail scénique. La création du spectacle s’enrichit alors des vécus, des expériences, des accents différents de chacun des acteurs.

Par ailleurs, je suis extrêmement sensible à cette question de l’altérité dont j’ai fait un axe majeur de mon travail artistique. Le repli sur les valeurs individualistes est une menace qui pèse lourdement sur notre monde contemporain. On en voit partout les effets catastrophiques. Or, on est tous d’identité plurielle, culturellement métissés. Le théâtre, c’est l’espace naturel de la transversalité.

Dans Le fou d’Omar, il s’agit précisément d’interroger la question du « vivre ensemble » à travers le rêve d’Omar de recréer le noyau familial à Montréal, en s’enfermant sur des valeurs exclusives. Au final, c’est l’inverse qui se produit. La famille explose... Comme si la guerre qu’il avait fuie en quittant le Liban, continuait son œuvre à l’intérieur de la cellule familiale.

En quoi pensez-vous que ce texte puisse trouver un "écho" particulier auprès des spectateurs libanais aujourd’hui ?

La schizophrénie, l’exil, les rêves fous, l’amour exclusif, le déni de l’autre, du différent, les problèmes d’identité et d’appartenance, sont autant de thèmes que brasse le spectacle et qui sont au cœur de la société libanaise aujourd’hui. Cela dit un spectacle n’est pas une thèse ; c’est d’abord un moment privilégié de plaisir et d’émotion partagés. D’où son importance et son « irremplaçabilité ». Surtout dans des sociétés secouées par des crises identitaires comme la société libanaise, société du tout-spectacle, à commencer par la politique.

D’après le roman de Abla Farhoud (Prix du roman francophone 2006)
Adaptation et mise en scène Nabil El Azan

Avec Eric Robidoux (Québec), Baptiste Kubich (France), Gabriel Yammine (Liban)

Représentations :
Théâtre Tournesol (Shams) à Beyrouth
du 30 décembre 2008 au 4 janvier 2009 (relâche le 31 décembre).

 

 
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