Il s’exprime avec une voix rocailleuse et profonde, venue tout droit du sud de la France. Mardi soir, le poète français Serge Pey a heurté de plein fouet le public venu assister à sa prestation de «poésie d’action » le 21 octobre, sous le grand olivier près de la villa rose de l’ESA. Retour sur un personnage qui écrit ses textes sur des bâtons et affirme qu’ « une terre est celle de ses poètes ».
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Il voulait partager la parole des poètes arabes libanais. C’est notamment pour ca qu’il a accepté l’invitation de l’Ecole supérieure des Affaires à venir participer au festival LESARTS en liberté, explique-t-il, avec la vidéaste Chiara Mulas, qui l’accompagnait pendant sa performance : « J’étais heureux de partager cette place, sous l’olivier, avec le poète libanais Abbas Beydoun [qui s’exprimait lors de la même soirée ndlr]. L’olivier, c’est l’arbre de la paix. Mes poèmes sont engagés philosophiquement. Pour moi, la poésie est une république universelle et invisible. Et le monde n’est habitable que poétiquement ». Des phrases comme ça, d’une grande beauté et d’une réelle profondeur mais qu’on n’est pas toujours sûr de bien comprendre, Serge Pey en énonce assez souvent. Des phrases qui parlent de la paix mais également de la guerre, et de la violence de la poésie aussi. « Le poète est comme un chasseur, un guerrier, il choisit le lieu de l’embuscade, affirme-t-il. Un artiste comme moi est dans le mouvement de destruction des frontières qui séparent les arts. Mon travail est en fait de tuer le public. Tout poète doit tuer le public ».
Tuer le public, et inventer sa naissance, faire naître les autres à eux-mêmes, voilà le travail du poète Serge Pey, qui écrit ses textes sur des bâtons. « Tout le monde a déjà eu un bâton dans les mains » poursuit-il, en mimant le geste de tenir cet objet en effet familier. « C’est un des premiers supports existants. Cela dit, ce n’est pas pour ca que j’écris dessus, mais parce que le bâton a un rapport avec l’idée de la marche. Si on ne marche pas on meurt. Le bâton, comme le poème, nous aide à marcher ».Il a justement eu l’occasion de marcher à travers le Liban, pendant son bref séjour de quelques jours à l’occasion du festival de l’ESA. Il raconte : « Quand on marche dans le Liban qui a été torturé, déchiqueté, détruit, on se demande par quel miracle il y a encore des lieux tels que Baalbeck ou Jeita». Baalbeck justement : Serge Pey explique s’y être rendu la veille de cet entretien. Il raconte son émerveillement devant les célèbres vestiges. Et son désarroi face au contraste de cette beauté avec la laideur due aux dégâts environnementaux tout autour et partout à travers le pays. Pour en parler, il semble peser chacun de ses mots. « Quand je regarde la mer et que je vois les poubelles qui y sont déversées, je me dis qu’un pays, c’est comme un être humain, et que la psychanalyse peut s’appliquer au peuple. Le détritus est le reflet d’une société. La poésie peut aider un peuple à s’aimer. C’est le travail de tous les poètes libanais. On m’a dit que dans la Bekaa il y a un fleuve qui coule à contre-sens, en remontant la pente de la montagne [le fleuve Al Assi ndlr]. Alors je dis au Liban : imitez le fleuve qui remonte la montagne ».
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