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Suivant l’exemple d’autres hommes politiques contemporains, le général Michel Aoun, l’une des personnalités incontournables et les plus controversées de la scène politique libanaise, se prête à une série d’entretiens avec Frédéric Domont à travers lesquels il livre sa vision du Liban. Journaliste, spécialiste du Proche Orient, Frédéric Domont est chef du bureau régional de Radio France Internationale (RFI) au Liban. Il parcourt le Proche et le Moyen Orient depuis le début des années 1990 et est le coauteur, avec Walid Charara du premier livre en langue française consacré au Hezbollah, Le Hezbollah, un mouvement islamo-nationaliste, paru aux Éditions Fayard en 2004.
Premier ministre entre 1988 et 1990, le général Aoun est aujourd’hui l’un des leaders de l’opposition au gouvernement de Fouad Siniora. En 2006, après 15 ans d’exil en France, ce farouche opposant à la Syrie conclut, contre toute attente, un « document d’entente » avec le Hezbollah. Michel Aoun s’explique longuement sur sa perception et sa vision des choses au Liban et dans la région. Trois forces, selon lui, se dressent au Liban, face au projet de réforme : le féodalisme politique, les chefs de guerre communautaires reconvertis en politique et la classe politico-affairiste. Ces trois forces auraient transformé le système politique libanais en système de guerre civile de basse intensité. À travers cette entente « audacieuse » et « avant-gardiste » avec le Hezbollah, il dessine les contours d’un « projet de société » qui transcende les peurs et clivages sociaux et communautaires traditionnels. Le général explique que les chiites représentent presque la moitié de la population libanaise et qu’il n’est pas concevable de les ignorer si l’on entend constituer une plate-forme de refondation nationale. Cette « entente » conclue avec le Hezbollah permet de jeter les bases d’un processus en devenir et permet de « fixer un cadre pour dépasser certains contentieux importants entre Libanais ». Dans un contexte de crises imbriquées les unes dans les autres, Michel Aoun se veut aujourd’hui porteur d’un "nouveau projet de société pour le Liban", « fondé sur un abandon progressif du confessionnalisme » qui, demeure depuis plus d’un demi-siècle, l’un des principaux piliers des institutions libanaises, et sur l’édification d’une « société de paix ».
De l’aptitude des dirigeants à comprendre les enjeux, à réfléchir, à transcender les différences, à se mettre d’accord sur un projet commun et des moyens d’action, dépendra la réalisation de cette « certaine vision du Liban »,
L’intérêt du livre tient moins au contenu même des réponses et à la grille d’interprétation de l’histoire et de l’avenir du pays du cèdre qu’aux outils conceptuels auxquels il fait appel pour les approcher.
Général Aoun, Entretiens avec Frédéric Domont, Une certaine vision du Liban, Fayard, 2007, 164 p., annexes.
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