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Art et culture

Nicolas Hermann: "Tout part de la relation humaine, de la singularité d’une rencontre où je vais me laisser porter jusqu’à ce que surgisse l’inattendu"

BEYROUTH | iloubnan.info - Le 08 juin 2018 à 22h02
Par Diana Kahil
Crédit: Nicolas Hermann. (Photo coupée pour adaptation au format).

Des photographies emplies d’une forte charge émotionnelle où les êtres et les choses vibrent dans un bouillonnement spirituel aussi incandescent que panoptique. Avec ce goût de l’épopée qui l’habite, artiste visuel en résidence, Nicolas Hermann nous transporte, avec l'exposition "Laniakea", dans un ailleurs lointain et pourtant si proche. 
​Un rendez-vous culturel à ne pas manquer, à la galerie ARTLAB à Beyrouth du 7 au 30 juin.
Rencontre avec l’artiste.

Parlez-nous de cette quête incessante de partir à la découverte de nouveaux horizons…

J’aime découvrir des lieux pour la première fois, frissonner face à l’inconnu, me retrouver dans une situation inattendue… Dans ces errances, je capture des êtres, des atmosphères, des matières, des lumières, qui sont souvent source de mystère pour moi. J’éprouve des émotions multiples et la photographie incarne le médium le plus approprié pour pouvoir m’exprimer librement.

A la base, je ne suis pas issu d’une formation artistique ; j’ai fait mes armes dans l’immobilier. Ce qui me passionne dans la photographie, c’est que c’est une manière de vivre, je voyage, je rencontre des inconnus, j’immortalise le présent en capturant un moment, en créant une narration abstraite hors du temps. Je suis curieux des autres et de découvrir leur singularité quand ils partagent avec moi un moment de leur intimité.

Au cœur de ces suites d’images, je me connecte à l’humain mais aussi à la banalité du quotidien pour le magnifier. Je ne travaille pas en série, mais plutôt en séquences, par intuition, plutôt dans un ordre de la sensation.

Les obstacles, les dangers ne vous freinent-ils pas ?

Je travaille principalement lorsque la nuit rencontre le jour. Je choisis toujours la rue la plus obscure ou la moins accueillante. Je suis à l’écoute de mes sens et c’est généralement mon ressenti qui sera le seul juge. Il y a toujours un équilibre à trouver dans une situation inconfortable ou étrange entre la peur et l’excitation.

Ce qui titille mes sens c’est de me retrouver dans des situations que je ne maitrise pas vraiment, c’est l’insolite, l’improbable que je traque.

Mais tout part de la relation humaine, d’un ami, d’une connaissance, d’un inconnu qui va avoir envie de partager avec moi un moment de son quotidien, de son intimité. C’est cela qui stimule énormément ma curiosité.

Votre état d’âme concernant cette première exposition à ARTLAB ?

Je suis très excité, heureux d’être au Liban et d’avoir la possibilité de présenter ma première installation et exposition personnelle ici chez ARTLAB.

J’adore collaborer et travailler en équipe dans la réalisation de mes projets. Grâce à Dimitri Haddad, qui s’occupe du département photographie d’ARTLAB, j’ai pu être mis en contact avec d’autres professionnels avec qui nous sommes actuellement en train de préparer la matière sonore et visuelle pour l’exposition.

L’enthousiasme et l’ouverture d’esprit de l’équipe m’a beaucoup motivé. Quand j’ai rencontré Dimitri, c’était la bonne rencontre, au bon endroit et au bon moment.

Pourquoi cette attraction pour le noir et blanc ?

J’aime transcender la réalité en y prélevant des fragments pour les tendre vers l’abstraction. Le noir et blanc me permet de sublimer cet état, et d’effacer toute notion de temporalité. Créer une autre dimension en saisissant des jeux de lumière, de formes, de matières pour en faire jaillir le mystère et l’onirisme.

Je photographie parfois en couleur, c’est une écriture plus complexe à apprivoiser pour évoquer le même univers, il faut réussir à la maitriser tel un coloriste pour qu’elle soit justifiée.

Quelle place occupe la mise en scène au cœur de votre travail photographique ?

Mes photographies sont généralement prises sur le vif pour saisir la fugacité d’un instant, ou bien la candeur d’une émotion. Si je demande à quelqu’un si je peux le prendre en photo, celui-ci ne sera plus naturel dans ses gestes, dans sa posture, dans son attitude ; il va avoir conscience de ma présence, de son image face à l’appareil et cela change tout.

Certaines de mes photographies sont parfois réalisées en complicité avec la personne rencontrée pour créer une image bien précise, mais cela reste sporadique dans mon processus de création.

Quel regard portez-vous sur l’art au Liban ?

Il y a une culture assez forte de l’image au Liban, qu’il s’agisse de peinture, de gravure, de dessin ou de photographie. Cela m’a inspiré pour tendre vers un dialogue des différents médiums, à l’instar d’une « œuvre totale » ; brouiller les barrières, entremêler les outils parce que le but à travers l’exposition qui sera présentée, ce n’est pas seulement de dévoiler des photographies mais d’aboutir à une installation où l’image animée va se confronter à l’image fixe, et ou le sonore y occupera une place également.

Au quotidien, j’utilise différents médiums pour créer, je travaille avec la photographie en priorité pour saisir des images qui m’interpellent mais je réalise également des vidéos et j’intercepte des sons.

J’ai envie d’emmener le public dans une immersion visuelle et sonore, où tous leurs sens seront stimulés.

Qu’est-ce qui vous passionne le plus dans cet élan qu’est la photographie?

Pour moi la photographie est un prétexte pour aller à la rencontre de l’autre. Même lorsque je saisis des scènes sans présence humaine, c’est toujours en lien avec l’homme et son environnement.

Un questionnement métaphysique sur le sens de notre présence au monde.

Votre devise ?

Suivre son instinct et vivre intensément chaque moment comme si c’était le dernier.

Qu’est ce qui vous révolte par-dessus tout ?

Le diktat de la norme.

Tags
#Exposition, #Photographie
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