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Art et culture

Kassem Istanbouli et son collectif artistique veulent “bâtir une culture de la vie et de la joie au Liban Sud”

BEYROUTH | iloubnan.info - Le 24 septembre 2017 à 20h34

De festivals de cinéma en ouvertures d’espaces culturels à Tyr ou à Nabatiyeh, le collectif artistique de Kassem Istanbouli multiplient depuis 2008 les initiatives artistiques au Liban Sud. Au beau milieu des provocations israéliennes, de l’omniprésence du Hezbollah et de la pauvreté des communautés, l’Association pour les Arts de Tyr (anciennement nommée “Théâtre Istanbouli”) se concentre notamment sur la récupération d’anciens cinémas, les sauvant de la destruction pour en faire des espaces culturels accueillant festivals de films, pièces de théâtres, concerts, ateliers… Autant de bouffées d’oxygène pour les habitants d’une région jusqu’alors globalement privée d’espaces artistiques. Une absence dramatique aux yeux de Kassem Istanbouli, pour qui la culture est un moyen de recréer une perspective d’avenir pour une société, une région… voire un pays tout entier. 

Entretien.

iloubnan.info: Vous êtes issu d’une lignée d’artistes (un grand-père conteur, un père cinéaste). On comprend votre proximité avec le milieu artistique mais pourquoi avoir choisi de créer une association?

Kassem Istanbouli: Nous avons formé cette association lorsque mon travail en tant que producteur et formateur de théâtre est passé d'un projet personnel à quelque chose de plus important. Nous nous sommes rendus compte de l'importance des espaces libres culturels au Liban (notamment au Liban Sud). L'équipe s’est renforcée autour de ce projet. L’association est vraiment née de ce travail d’équipe, de cet effort commun, de cette énergie.

En 2014, quand nous avons commencé à rouvrir de vieux cinémas pour en faire des espaces culturels gratuits, nous avons changé le nom de notre association de "Théâtre Istanbouli" pour "Association pour les Arts de Tyr". C’est aussi en 2014 que nous avons lancé le Festival international de théâtre du Liban, toujours à Tyr (aujourd'hui organisé à Tyr et Nabatiyeh). 

Cet événement a coïncidé avec la réouverture du Cinéma Al Hamra à Tyr. Ce fut un moment très spécial pour nous. C’est le premier festival de théâtre international organisé dans le Sud Liban. Douze compagnies de théâtre de différents pays y ont participé.

Cela a-t-il été facile de créer votre association, ou avez-vous dû vous battre par exemple face à des difficultés administratives, ou tout simplement à de la mauvaise volonté?

Non, nous n'avons eu aucun problème à créer l'association. Nous  étions déjà un groupe avant de devenir un organisme officiel. Nous étions determinés et soudés par un obectif commun dans la mesure où nous venons tous d'un monde de théâtre et d'art. Il nous a suffi de nous organiser d’un point de vue administratif, notamment pour pouvoir recevoir des fonds pour nos projets.

A propos de financement, vous cherchez à racheter le cinéma Stars à Nabatiyeh, grâce notamment à une campagne de crowdfunding sur Indiegogo. Où en êtes-vous?

Nous avons recueilli environ 17 000 $ après un mois de campagne. Certains fonds nous sont parvenus à travers la plateforme IndieGoGo (environ 7 000 $), d'autres via différentes organisations qui soutiennent ce projet. Notre objectif est de réunir 95 000 $ pour pouvoir acheter ce cinéma à Nabatiyeh. Mais dès que nous atteindrons 50 000 $, nous pourrons recevoir un prêt bancaire, afin de financer les 45 000 $ restants. Bien sûr, idéalement, nous aimerions réunir d’entrée de jeu le total de 95 000$. La campagne se poursuivra jusqu'au 10 octobre. Nous espérons que nous réussirons à accomplir notre mission et realiser notre rêve.

Selon vous, quel rôle peut avoir le théâtre dans une société en général? Et dans le sud du Liban en particulier? (dans un article paru dans le quotidien La Croix, des femmes de Nabatiyeh disaient que participer à vos ateliers théâtre leur faisait oublier leurs difficultés quotidiennes, par exemple).

Nous sommes convaincus que grâce à la culture, nous pouvons construire la paix. Sans culture, il n'y a pas de vie. Nous souhaitons créer une culture de la vie et de la joie dans le sud du Liban. Par la culture, nous voulons soutenir les jeunes, leur communauté et leur avenir. Nous espérons que cette génération apprendra à "construire la culture" afin de pouvoir la transmettre à la prochaine génération. Bâtir la culture, c’est cultiver l’espoir des jeunes dans leur pays. Et c’est  aussi un moyen de permettre au tourisme de se déveloper à nouveau dans le sud du Liban.

Ces dernières années, plusieurs initiatives théâtrales ont impliqué des populations en difficulté (des réfugiés syriens par exemple), en les faisant participer à des pièces de théâtre parfois inspires du repertoire classique (par exemple, les "Troyennes de Syrie" à Amman, ou encore "Antigone" au théatre Al Madina à Beyrouth)
Qu'en pensez-vous?

Dans notre société, des gens de milieux très différents vivent ensemble. Cela implique que dans notre théâtre, des jeunes de milieux différents participent à nos ateliers. Dans notre travail, nous ne nous concentrons pas sur les antécédents des uns et des autres. Nous pensons que le théâtre rassemble les gens et qu'il peut certainement avoir un impact sur différents problèmes dans leur vie. Le théâtre fonctionne parfois comme une psychothérapie pour les personnes qui, comme les réfugiés par exemple, ont traversé des moments très difficiles. Pour nous, le fait que des Syriens, des Palestinens ou d'autres réfugiés participent à notre théâtre n'est pas l'objectif de l'association. C'est simplement la façon dont notre société se développe. Et nous sommes très heureux que ces jeunes puissent trouver de la joie et puissent envisager un avenir plus brillant dans notre théâtre.

Si vous souhaitez participer à la collecte de fonds sur Indiegogo pour sauver le Cinéma Stars à Nabatiyeh, suivez ce lien: https://www.indiegogo.com/projects/save-cinema-stars-a-free-cultural-space-for-all-freedom-art

Tags
#Sud_Liban, #Theatre, #Tyr
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