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Art et culture

17e Festival international du film de Beyrouth: un programme marqué par le terrorisme, l'extrémisme et les réfugiés

BEYROUTH | iloubnan.info, avec agences - Le 21 septembre 2017 à 16h28
Image extraite de "Five o'clock", de l’Irakien Ayman Al-Shatri.

La 17ème édition du Festival International du Film de Beyrouth, du 4 au 12 octobre 2017, se caractérise par la présence de plusieurs figures de l'industrie cinématographique, dont des réalisateurs de renommée internationale, des producteurs, ainsi que des présidents de festivals, et par un programme riche composé de films ayant été primés ou selectionnés dans des festivals internationaux.

Comme toutes les précédentes éditions du BIFF, celle-ci constitue une plateforme pour les films du Moyen-Orient qui mettent en scène les problèmes sociaux et politiques présents dans la région. Cette année, les thèmes du terrorisme, de l'extrémisme, des réfugiés et des marginalisés dominent, que ce soit dans les compétitions des documentaires et des courts-métrages ou dans les autres catégories.

Lors d’une conférence de presse tenue à l’hôtel Le Gray, au centre de Beyrouth, la directrice du festival, Colette Naufal a rappelé que le festival est né en 1997, alors que « le Liban dans son ensemble et Beyrouth en particulier étaient un immense chantier de reconstruction, après la guerre civile ». Selon elle, le festival « laissait entrevoir un avenir meilleur pour notre pays. Dès les premières années, il affichait aux Libanais et au reste du monde son intention de maintenir Beyrouth sur la carte mondiale du cinéma, en poussant les frontières établies par une région en constante ébullition ». Et d’ajouter : « au fil des ans, le Liban, seul pays réellement démocratique de la région et connu pour sa liberté d’expression, nous a permis de faire du Festival International du Film de Beyrouth la plateforme idéale pour les réalisateurs du monde entier qui ont un message à transmettre ».

Les projections du festival auront lieu au cinema « Metropolis Empire Sofil » à Achrafieh. L’ouverture du festival sera assurée par  « La Cordillera » de l’Argentin Santiago Mitre, en présence du réalisateur et de son épouse l’actrice Dolores Fonzi. Dans ce film, Hernán Blanco (Ricardo Darín) est le nouveau président argentin. Pour lui, le personnel est politique, et vice-versa.

La clôture se fera avec le film d’animation « Loving Vincent » de Dorota Kobiela et du Britannique Hugh Welchman, sur les derniers jours du peintre légendaire Vincent van Gogh qui se suicide à l’âge de 37 ans après une longue dépression. Ce film qui est le fruit d’un travail qui a duré sept ans, avec 125 peintres du monde entier et 65000 séquences peintes à la main, reconstitue le monde de van Gogh dans une expérience cinématographique unique en son genre.

Panorama international

Seize films sont présentés dans le cadre du « Panorama international », parmi lesquels les films d’ouverture et de clôture.

« A Prayer Before Dawn » du Français Jean-Stéphane Sauvaire, qui sera présent au festival avec la productrice Rita Dagher, retrace l’histoire vraie de Billy Moore, jeune boxeur anglais incarcéré dans une prison en Thaïlande pour détention de drogue.

Dans le programme également un autre film biographique: « Becoming Cary Grant » du Britannique Mark Kidel, invité au festival: Un film sur la vie du grand acteur, qui a longtemps été déchiré par le doute et l'insécurité.

«Redoutable », du réalisateur Michel Hazanavicius, (Palme d’Or et Oscar pour son film The Artist), attendu  à Beyrouth avec son épouse l’actrice Bérénice Bejo, revient à Paris 1967 où le cinéaste Jean-Luc Godard tourne La Chinoise avec La femme qu’il aime, Anne Wiazemsky, de 20 ans sa cadette. Mais la réception du film à sa sortie enclenche chez Jean-Luc une remise en question profonde. Mai 68 va amplifier le processus, et la crise que traverse Jean-Luc va le transformer profondément.

Les festivaliers auront aussi l’occasion de voir « Viceroy’s House » de la Britannique-Kenyane-Asiatique Gurinder Chadha, un film inspiré des derniers jours de l’Empire Britannique en Inde. Les querelles portant sur la naissance de l’Inde indépendante, au sein de l’élite politique, mènent à la création d’une nouvelle nation musulmane : le Pakistan.

Quant à « Directions » (« Posoki ») du Bulgare Stephan Komandarev, il parle  de la corruption en Bulgarie.

La sélection comprend aussi « 120 Battements par Minute » du français Robin Campillo, un des quatre films qui pourraient représenter la France aux Oscars dans la catégorie des films en langue étrangère. Ce film reflète la souffrance des personnes atteintes du Sida au début des années 90.

Quant à « I am not your Negro » du Haïtien Raoul Peck, il revisite les luttes sociales et politiques des Afro-Américains au cours de ces dernières décennies à travers les propos et les écrits de l’écrivain Noir Américain James Baldwin.

Dans « A day for women », l’égyptienne Kamla Abou zekri nous introduit dans la vie sociale, psychologique et émotionnelle des femmes vivant dans un quartier délabré du Caire.

Le « Panorama international » présentera aussi « The other side of hope »  du Finlandais Aki Kaurismäki, meilleur réalisateur à la Berlinale de 2017 : le destin de Khaled, un jeune réfugié syrien à Helsinki, se croise avec celui  de Wikhström, propriétaire d’un restaurant.

En outre, cette section offre aux cinéphiles le film « Radiance » de Naomi Kawase qui a été sélectionné dans la compétition officielle du festival de Cannes, et « The Killing of a Sacred Deer » du  Grec Yorgos Lanthimos, prix du meilleur scénario à Cannes 201, en plus de « Wind River » de l’américain Taylor Sheridan dans lequel une jeune recrue du FBI doit  élucider un meurtre mysterieux.

Les projecteurs seront également braqués dans cette section sur « Bewildered Cinema: Lebanese Cinema » de Diana Moukalledk, un voyage visuel dans le temp à travers l’histoire du cinema libanais, avec des témoignages de réalisateurs et d’artistes contemporains de toutes les périodes vécues par des professionnels dans ce domaine.

Dans « Investigating Paradise » de l’Algérien Merzak Allouache, jeune journaliste est intriguée par l’instrumentalisation constante du concept du Paradis dans la propagande extrémiste et les appels au « jihad » des prêcheurs Salafistes Moyen-Orientaux. Elle décide d’enquêter sur la place du Paradis dans l’imaginaire musulman.

Documentaires en compétition

Cinq films entrent en compétition dans la catégorie des « Documentaires du Moyen-Orient », dont deux qui portent l’étendard du Liban : « Art not Art » de Peter Moussa, un court documentaire sur l'art contemporain, et « Water and sand »  de la Libanaise-Canadienne Nathalie Attallah, ou le frère et la grand-mère du réalisateur font part de leurs sentiments et de leurs expériences en tant que membres de la diaspora.

Ēgalement dans cette, « No place for tears » du turque Reyan Tuvi, sur fond de la guerre à Kobani (Syrie).

Dans le programme aussi « Only my voice » de la Française Myriam Rey, ou quatre femmes du Moyen-Orient partagent leurs histoires. Elles ont toutes quitté leur pays d’origine à des moments différents de leur vie et pour différentes raisons. Elles racontent des histoires de déracinement, partagent des sensations contradictoires et relatent des expériences personnelles sur la liberté.

En lice pour les prix Aleph de cette compétition, « Sheltered in oak » de l’Iranien Mehdi Noor mohammadi, un documentaire qui décrit le mode de vie de l’écureuil iranien qui vit dans les forêts de chênes. La chasse et la destruction de son habitat par l’homme constituent certains des nombreux dangers auxquels est exposé ce petit animal.

Courts-métrages en compétition

La compétition Courts-métrages regroupe 18 films dont cinq libanais.

« Andrea », d’Edwin Harb-Kadri, s’inspire de la vie du réalisateur, qui a perdu son amie dans un accident de voiture à Beyrouth, tandis que « As we go » de Ghina Daou, parle d’une jeune Libanaise qui n’est pas certaine de vouloir s’investir dans sa prochaine vie, au Liban.

Dans « Missed call » de Christy Whaibe, une femme de 80 ans, dont le mari est mort, reçoit un téléphone portable comme cadeau de sa fille. Ce cadeau changera sa vie.

Quant à « Cargo » de Karim Rahbani, il porte sur un jeune syrien qui a fui la guerre en Syrie avec son grand-père malade, mais quand ils arrivent à Beyrouth, ils font face à un destin cruel.

« Till when? » De Majd Fayad, soulève pour sa part les longues heures de travail qu’exige le système éducatif libanais, qui met l’accent sur des sujets inintéressants et très condensés, ce qui pousse les étudiants à renoncer à leur hobbies et leurs rêves.

En outre, cette compétition se caractérise par une présence remarquable du cinéma du Golfe Arabe :  

« The bliss of being no one » du Saoudien Bader Alhomoud (meilleur court métrage du Golf au Dubai international film Festival en 2016) parle d’une rencontre inattendue d'un jeune homme qui a perdu sa famille avec un vieil homme.

Deux films du Qatar sont en lice dans cette competition : « Kashtaa » de Al Jawhara Al Thani, qui est l’histoire d’un incident insouciant entre deux frères, au milieu du  désert, qui entraîne un désastre, et  « The waiting room » de Hend Fakhro, dans lequel deux familles issues de deux milieux différents se retrouvent ensemble dans la même salle d’une aile de soins intensifs dans un hôpital, et les deux femmes forgent une forte relation en attendant.

Dans « Rattled » de Jaafar Al Madhoon (Bahrein), Mohammed a été rejeté douze fois alors qu’il recherchait une épouse selon ses traditions, alors que “The choice

d’Eman Alsayed (Emirats Arabes Unis) parle de Lauren qui, après la mort de son père émirati, est appelée à voyager aux Emirats arabes unis pour rencontrer, pour la première fois, sa famille perdue depuis longtemps et toucher de l’héritage de son père.

Trois films lèvent la bannière de la Turquie :

« Passenger » de Cem Özay, qui raconte l’histoire d’un chauffeur de camion qui prend la charge de son fils, alors que son ex-femme est actuellement en prison mais le père et le fils se retrouvent forcés à vivre dans le camion pour un certain moment, en attendant de pouvoir se faire une vie meilleure.

Dans “Story of a job interview” d’Alkim Özmen, un journaliste sans emploi s'apprête à devenir père. Après un entretien d'embauche négatif de plus, il prend le Directeur de l'information en otage.

« Toprak » de nur Yağiz est l’histoire d’un garçon de huit ans qui traduit pour ses parents qui ne parlent pas français.

L’Iran est représenté à son tour par trois films : dans « The guy came on horseback » de Hossein Rabiei Dastjerdi, qui parle d’un jeune homme handicapé qui tombe amoureux de la fille de son voisin, ce qui provoque un conflit entre les deux familles.

Dans « A girl in the room » de Karim Lakazdeh, un vieil homme travaillant dans une pension, attend la visite de sa fille au bout de 25 ans passés en Allemagne.

«The Silence » d’Ali Asgari et Farnoosh Samadi  porte sur une fille et sa mère qui sont réfugiés kurdes en Italie.

Le syrien Abd Al Rahman Dukmak raconte dans « Wameed » l’histoire d’une femme qui découvre que son amant la trompait.

Les relations de confiance entre un père son fils sont au centre de « Five boys and a wheel’ du Palestinien Said Zagha.

Front du refus

Le ``Front du refus`` est subdivisé en ``Espace public`` (10 films), ``Section écologique`` (un film) et une autre culinaire (un film), avec des projections hors compétition qui reflètent les principaus défis de notre époque et de la région.

The Venerable W. de la Suisse Barbet Schroeder, projeté en collaboration avec l’ambassade suisse au Liban, porte sur  le racisme, l’islamaphobie et le discours haineux en Birmanie, et comment ils se transforment en violence et en destruction.

"Five o'clock" de l’Irakien Ayman Al-Shatri, accompagne une personne suicidaire qui croit que tout le monde mérite de mourir, mais il découvre qu'il a désespérément besoin d'aide, et que la mort n'est pas une solution.

Toujours dans la même atmosphère, « The Sweet Seashore »  de l’Iranien Aziz Tebyanian s’axe sur la relation entre trois étudiants -un Musulman, un Baha’i et un Chrétien- qui font soudainement face à des préjugés religieux qui menacent leur nouvelle amitié.

Le film « Alan » de l’Irakien Salih Jouri montre comment de nombreux Kurdes ont quitté  la Syrie après la guerre pour aller vivre immigrés au Kurdistan Irakien. Un autre film dans le programme de cette catégorie, réalisé par l’Iranien Mostafa Gandomka, porte le même titre « Alan ». C’est l’histoire d’une des nombreuses familles kurdes, en Syrie et en Irak, qui ont perdu leur maison dans les attaques de l'État Islamique.

La question des refugiés et du déplacement est le sujet de deux films turques dans cette categorie : « Killit » de Zeynep Altay, un documentaire qui raconte l’histoire d’une famille Assyrienne, et décrypte le lien qui relie la famille à sa terre natale, tandis que  « The wall » de Mustafa Koray Polat est  L'histoire d'une réfugiée syrienne qui lutte pour la vie en Turquie.

A son tour, « Safezone » des Australiens Jodie Livingstone et Marco Bollinger, est l’histoire d’un une jeune Syrienne de 12 ans, qui raconte son récit poignant de sa fuite de la guerre alors qu’elle tente de reconstruire sa vie et de réaliser ses rêves de carrière musicale et d’études.

Dans « 3 stolen cameras », des activistes du Sahara occidental, luttent pour garder leurs caméras. Au moyen d’images uniques, ce film raconte comment ils tentent de briser une censure absolue et le blocus médiatique quasi total.

Le Cèdre et l’Acier de Valérie Vincent (France) est un voyage au pays du Cèdre et de ses valeurs en déclin, au pays d’une enfance moyen orientale et de son devenir, un voyage dans la vraie vie, celle des gens simples et des valeurs essentielles.

Au menu de la section culinaire, « Food evolution » de l’Américain Scott Hamilton Kennedy realisé par Scott Hamilton Kennedy. Nominé aux Oscars, Food Evolution tourne autour de la controverse qui entoure les organismes génétiquement modifiés (OGM) et les aliments.

Au cœur de la section écologique, « Before the Flood », réalisé par Fisher Stevens, Oscar du meilleur réalisateur pour The Cove, et coproduit par Leonardo Di Caprio, militant écologiste. Ce film décrit les bouleversements catastrophiques qui se produisent dans le monde en raison des changements climatiques, ainsi que les mesures que nous pouvons prendre, sur le plan individuel ou sociétal, en vue de les prévenir. Ce film suit Di Caprio dans son voyage sur les cinq continents et en Arctique, pour mieux comprendre cet enjeu complexe et proposer des solutions concrètes au défi environnemental le plus urgent de notre temps. Il convient de noter que Stevens sera present à Beyrouth pour le festival.

Le Jury et les invités

Cette année, le jury sera co-présidé par les réalisateurs americain Jonathan Nossiter et argentin Santiago Amigorena, et comprend deux autres membres : le réalisateur libanais Ziad Doueiri et l’actrice française Vahina Giocante.

En plus des membres du jury et des réalisateurs qui seront présents au festival, le BIFF a également invité Tom Luddy, fondateur et directeur du festival de TELLURIDE, et la diréctrice éxécutive  Julie Huntsinger, ainsi que la curatrice du festival Mara Fortes.

Parmi les invités également le réalisateur Gianfranco Rosi  (Lion d’Or et Ours d’Or), qui va vivre au Liban pour un an à partir d’octobre pour tourner un film sur les problèmes de la région, ainsi que le PDG de la télévison italienne « Rai Cinema » et le producteur Paolo del Brocco, la productrice Donatella Palermo et Nicola Marzano (Institut de l’Art Moderne à Rome).

Hommage  à Kiarostami

Le BIFF rend hommage dans cette édition au cinéaste Iranien Abbas Kiarostami, “ grand réalisateur ”et ami du Festival », d’après Naufal.  Le Festival va projeter plusieurs des films de feu Abbas Kiarostami, ainsi qu’un documentaire à son propos. Homayoun Ershadi, grand ami de Kiarostami et acteur dans son film “A Taste of Cherry”, Ahmad Kiarostami, fils du défunt, de même que plusieurs amis et membres du groupe Kiarostami, ont été invités au festival a cette occasion. Le festival a choisi de projeter 7 des 40 films réalisés par Kiarostami durant cinq décennies: “24 Frames”, “A Taste of Cherry”, “Take me Home”, “The Traveler”, "The Wind Will Carry Us”, “Through the Olive Trees” et “Where is my Friend’s Home?”. Le BIFF avait déjà accueilli Kiarostami il y a quelques années, et projeté quelques-uns de ses films ayant remporté des prix internationaux.

Un documentaire sur la vie de Kiarostami, intitulé “ 76 Minutes, 15 Seconds with Abbas Kiarostami” et réalisé par Seifollah Samadian, sera également projeté. Son titre indique l’âge de Kiarostami lorsqu’il est décédé : 76 ans et 15 jours.

Le Liban d’avant-guerre

Hors compétition, le ministère du Tourisme présente aux festivaliers six courts-métrages sur le Liban d’avant-guerre (1975) qui seront projetés en amont de certains longs-métrages.

Infos pratiques

Le festival aura lieu au cinéma “Metropolis Empire Sofil”, mais des projections speciales seront organisées au Cinema Montaigne et au Musée Sursock.

Les billets seront en vente au prix de LL.8000 pour les projections régulières, à partir du 25 septembre (entre 16h et 22h) au desk du BIFF au cinema Metropolis Empire Sofil, ainsi que les invitations pour les séances d’ouverture et de clôture.

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#BIFF, #BIFF2017, #Cinéma, #festival, #festival_de_cinéma
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