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Art et culture

"L'Insulte" de Ziad Doueiri : la dignité passe par la justice

BEYROUTH | iloubnan.info - Le 10 septembre 2017 à 11h33
Une image extraite de L'Insulte, le dernier film de Ziad Doueiri, en salles le 14 septembre au Liban.

L’insulte, le quatrième long-métrage du réalisateur libanais Ziad Doueiri (après West Beirut en 1998, Lila dit ça en 2004 et L'attentat en 2012) sort en salles le 14 septembre. Ce film réunit un grand nombre d’acteurs connus: Adel Karam, Rita Hayek, Camille Salamé, Diamand Abou Abboud, Talal Jurdi, Julia Kassar, Rifaat Torbey, Carlos Chahine, Christine Choueiri et le Palestinien Kamel el Bacha.

L’insulte, dont le scénario a été écrit par Ziad Doueiri et Joëlle Touma, se passe à Beyrouth, de nos jours: Une insulte qui dégénère conduit Tony (chrétien libanais) et Yasser (réfugié palestinien) devant les tribunaux. De blessures secrètes en révélations, l'affrontement des avocats porte le Liban au bord de l'explosion sociale mais oblige ces deux hommes à se regarder en face.

Pour écrire ce film, le réalisateur Ziad Doueiri s’est inspiré «d’un petit incident » qu’il a vécu  il y a quelques années. « Il est vrai que le sujet exprime notre regard sur la société, mais le but premier est de raconter une histoire, dit-il. Je crois fermement que le but de tout film est de raconter une histoire et non pas juste d’exprimer une prise de position ou une situation politique. Il s’agit de relater l’histoire des personnages du film ».

Dans L’insulte, Doueiri pose « des questions aux niveaux artistique et dramatique et non pas aux niveaux politique et social ». Mais, « il va sans dire que les niveaux politique et social se mêlent à la dimension dramatique. L’histoire du film n’est pas étrangère  à notre société, car notre passé a sans doute laissé des traces profondes », souligne-t-il.

Le réalisateur indique par ailleurs qu’il y a « beaucoup d’espoir et de sentiments positifs dans ce film, malgré son côté dramatique ». « Ce film pose la question de la justice. Au bout du compte, ce que Toni et Yasser demandent, c’est  la justice, qui est un vaste concept. Dans la recherche de la justice, il y a une recherche de la dignité », explique-t-il. 

Doueiri n’écarte pas la possibilité que L’insulte « pourrait donner lieu à une certaine controverse », car «il ne pose pas une affaire réglée d’avance mais pousse à la réflexion ». Il ne voit « aucun problème à ce que le film encourage le débat ».  Ce qui lui importe, « c’est que les gens voient le film ». « Ils ont le droit de l’aimer ou pas. Certains vont l’aimer, d’autres vont s’élever contre ou poser des questions. C’est une partie de la responsabilité du réalisateur et il doit accepter tous les avis et y être prêt », dit-il. Et d’ajouter : « Joëlle et moi avons écrit ce que nous avions en tête, nous ne pouvions pas nous autocensurer à l’avance. Il est inadmissible d’amputer une histoire avant qu’elle ne prenne forme, juste parce que c’est un sujet sensible politiquement. Il y en a qui le font, mais moi non. Je dis ce que je dois dire et après je vois le résultat ».

Pour Doueiri, « ce qui doit être discuté dans un film, c’est la construction de l’histoire, quel que soit le sujet ». A son avis, « le plus important est comment on raconte l’histoire ».

Pour la première fois, le cinéma libanais propose un film de procès

Avec L’insulte, le cinéma libanais propose, pour la première fois, un film de procès. « Le tribunal regroupe les personnages qui s’affrontent dans la même pièce et c’est là qu’a lieu la confrontation. Il y a un contenu dramatique fort et riche dans les tribunaux et j’ai trouvé que c’était une plateforme idéale pour cette histoire », confie Ziad Doueiri.

Le réalisateur révèle avoir fait passer des castings à plus de 400 acteurs avant de choisir les interprètes de son film. Il affirme à ce propos que l’expérience avec les acteurs « a été excellente ». « J’ai beaucoup apprécié le jeu des acteurs dans mon film. J’ai senti leur talent et j’ai pu constater leur professionnalisme. J’ai réalisé que les acteurs libanais ont un excellent potentiel mais qu’il leur manque quelques fois le bon scénario et la bonne direction. Ceux avec qui j’ai travaillé étaient très enthousiastes et se sont donné à 110%. Je pense que c’était une belle expérience et je souhaite la réitérer », déclare-t-il. 

Adel Karam interprète le rôle de Tony Hanna. Il considère que L’insulte lui a permis de faire « un grand pas » dans sa carrière. « Ce film m’a sorti du registre de la comédie dans lequel les gens sont habitués à me voir, et il a mis en valeur mes capacités d’acteur», explique-t-il.

 

Selon Karam, « cela fait longtemps que nous n’avons pas vu de film aussi imposant et travaillé que celui-là ». Il note que « le film est d’une grande sensibilité et va créer une controverse auprès du public. Les spectateurs pourront en tirer des leçons, surtout ceux qui ressemblent à Tony et Yasser ». L’acteur, qui est « très familier » avec le personnage de Tony, vu qu’il est lui-même né à Fassouh, à Achrafieh, croit que ce film « pourrait agir comme une gifle qui nous réveillerait et nous ferait prendre conscience de la réalité dans laquelle nous vivons ».  « En regardant le film, ceux qui ressemblent à Tony pourront compatir avec Yasser, et vice-versa », ajoute-t-il.

L’acteur palestinien Kamel el-Bacha, qui interprète Yasser, s’attend « à ce que le film provoque un débat autour de la relation libano-palestinienne en général ». « Certains le critiqueront sous prétexte qu’il ne rend pas justice à la cause palestinienne, tandis que d’autres diront qu’il prend le parti des Palestiniens. Mais, en fin de compte, ce film va interpeller tout le monde et pousser à la réflexion et à l’analyse », dit-il.

L’acteur n’a certes pas vécu l’expérience des Palestiniens au Liban, puisqu’il est né à Jérusalem où il vit toujours et travaille en tant qu’acteur depuis 1987, mais il dit en être proche. « Mon expérience m’a sans doute aidé à interpréter le rôle de Yasser Salameh, mais je n’ai pas uniquement compté là-dessus. Sur le plan humain et dans la vie de tous les jours, je vis comme vit un Palestinien au Liban, et je ressens ce qu’il ressent », indique-t-il.

Rita Hayek, qui joue Chirine (l’épouse de Tony) - son premier rôle au cinéma après plusieurs rôles au théâtre et sur le petit  écran - se dit attachée à tout ce qui se rapporte au film. Selon elle, « chacun des acteurs, sans exception, s’y est donné corps et âme ». « L’énergie que Ziad Doueiri dégage est tellement contagieuse que l’acteur qui est devant lui ne peut que donner le meilleur de lui-même et dépasser toutes ses limites. Ziad sait très bien ce qu’il veut, mais il discute quand même avec l’acteur et crée avec lui une sorte de danse. En même temps, il est clair qu’il a une grande confiance en lui et dans les acteurs. Cette confiance nous a tous poussés à nous dépasser dans notre jeu », souligne-t-elle. Hayek confie : «c’était la première fois que je travaillais avec Adel Karam (…), et il y avait une certaine alchimie entre nous et ce dès la première scène. Tout le monde l’a ressenti. Nous avions l’air d’être vraiment Chirine et Tony, mariés depuis plusieurs années ».

Pour Camille Salameh (l’avocat Wajdi Wehbé dans le film), « un travail artistique réussi est celui qui suscite des débats et pousse le spectateur à réfléchir, et donc l’empêche d’oublier ce qu’il a vu. C’est ce à quoi je m’attends par rapport à ce film ». Salameh se rappelle qu’il était  attiré par les films de procès dès le début de sa passion pour le cinéma. Il considère que le personnage de Wajdi Wehbé est un « personnage attrayant pour tout acteur qui aime les défis ». Il décrit Ziad Doueiri comme étant  « un cas à part ». « C’est un homme qui transmet à tout le monde son enthousiasme, sa passion et son désir d’obtenir le meilleur résultat possible. Les acteurs ont compris cela et ont travaillé avec un grand professionnalisme en se basant sur le fait que c’est la réussite du groupe qui déclenche la réussite de chaque personne », conclut-il.

Diamand Abou Abboud, qui interprète le rôle de l’avocate Nadine, considère que L’insulte « est un film qui ne laisse pas indifférent et qui touche n’importe quel spectateur ». Selon elle, « la conclusion à laquelle chaque spectateur va arriver après avoir vu ce film, sera différente selon son background culturel, social et confessionnel, mais tout le monde va réagir et s’identifier d’une façon ou d’une autre. La conclusion que tout le monde devrait atteindre est que nous sommes tous égaux ». Abou Abboud ne cache pas sa fierté d’avoir participé à un film avec Ziad Doueiri.  « Il accordait de l’importance à chaque personnage. Il donnait aussi des conseils constructifs aux acteurs et les mettait sur la bonne voie. Ayant écrit le scénario avec Joëlle Touma, il connaissait tous les personnages par cœur et avait retenu l’intégralité du script, même les moments de silence. Il connaissait donc la dynamique du personnage et savait aider l’acteur à l’atteindre », souligne-t-elle.

Julia Kassar, à laquelle a été confié le rôle de la juge Colette Mansour, est certaine que « ce film sera un sujet de réflexion pour le public libanais». Elle note que « le script est très bien écrit et scotche  le spectateur sur son siège : une surprise nous attend à chaque instant ». Et d’ajouter : « Ces éléments de suspense ainsi que la présence de grands noms sont des facteurs très positifs pour le film ». L’actrice confie que le rôle qu’elle interprète dans L’insulte est différent de ses rôles habituels. « Le public me verra donc incarnant une nouvelle personnalité dans un film qui touche tout le monde », dit-elle.  « Ziad Doueiri est un réalisateur qui distribue son énergie à son entourage tel un choc électrique. Je pense que le film donnera un résultat semblable à l’énergie de son réalisateur », indique-t-elle.

Pour sa part, Talal el Jurdi, qui joue le rôle du responsable de la société de travaux, confie qu’à travers son personnage, « le spectateur peut comprendre la logique des deux personnages principaux du film, Tony et Yasser, et découvrir combien ils sont différents l’un de l’autre, bien que le problème ne soit pas tellement grave. Il peut voir également combien ils ont été marqués par les événements du passé ». « Le film va sans aucun doute causer une controverse. Le public sera divisé en deux, et la prise de position de chaque spectateur va dépendre fortement de sa culture et de ses idées. L’instinct et l’affection joueront de même un rôle dans l’impression que laissera le film », souligne-t-il.

Christine Choueiri (dans le rôle de Manal, l’épouse de Yasser), s’attend « à ce qu’il y ait un débat autour du film ». Elle croit que ce débat « pourrait commencer au niveau des Libanais qui se demanderont pourquoi on aborde ce sujet aujourd’hui ». Elle note que « ce sujet n’a jamais été traité au cinéma auparavant, bien qu’il soit important de l’approfondir et de le faire parvenir au public ». Les spectateurs, selon elle, « seront intéressés par ce sujet qui va réveiller en même temps leur curiosité ».

Le rôle du chef des Forces Libanaises, Samir Geagea, est interprété par l’acteur Rifaat Torbey qui affirme à cet égard qu’il n’a pas cherché à imiter Geagea dans son interprétation de son personnage. « Je ne me suis même pas maquillé pour lui ressembler physiquement », confie-t-il. « J’ai joué le rôle avec ma propre apparence et avec le caractère que je voyais convenable. C’est pour cela que nous ne pouvons pas comparer mon interprétation du personnage de M. Geagea à la vraie personne. J’ai pris ses paroles et je leur ai donné un côté dramatique qui pousse les spectateurs à réagir. Dans l’une des scènes, j’ai joué devant un public composé de membres des Forces libanaises de Batroun venus à Meerab pour participer à un événement. J’ai prononcé devant eux un discours à ma façon, et ils ont réagi malgré cela », indique-t-il. 

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#Cinéma, #CinemaArabe, #Cinéma_libanais
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