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Art et culture

La secrétaire générale de l'OIF Michaëlle Jean, cible de la presse au Québec

MONTREAL | iloubnan.info - Le 26 juin 2017 à 09h46
Par Yves Loiseau
Le drapeau des gouverneurs généraux du Canada tout au long de leur mandat.

C'est réellement comme si elle était revenue ici avec une cible dans le dos. Depuis plus d'une semaine, la secrétaire générale de l'Organisation Internationale de la Francophonie, Michaëlle Jean, canadienne d'origine haïtienne, est dans la ligne de mire de la presse québécoise, dont elle reçoit les attaques à répétition.

Ce n’est pas la première fois qu’elle l’est: au Québec, Michaëlle Jean est un personnage pour le moins controversé.

Depuis 2014, elle est la secrétaire générale de l’Organisation Internationale de la Francophonie, après avoir été la représentante personnelle de la reine Elizabeth II de Grande Bretagne, souveraine du Canada (Michaëlle Jean est ainsi la "gouverneure générale du Canada" de 2005 à 2010), ce qui en a fait ici un personnage officiel extrêmement important. Elle a de plus été journaliste pour Radio Canada et animatrice de sa propre émission télévisée.

La presse québécoise, et principalement « Le Journal de Montréal », l’attaque aujourd'hui à tous crins soit par le biais de sa cellule d’enquête soit par le canal de ses éditorialistes.

Et ça chauffe !

Logement et déplacements

Coeur de cible: son train de vie à Paris. Ca ne s’arrête pas: d’autres quotidiens québécois et des radios privées ont depuis pris le relais. C’est l’effet boule de neige.

Les travaux de son appartement de fonction de l’avenue Bosquet, à deux pas du siège de l’organisation internationale, tout près de la Tour Eiffel dans le très chic 7eme Arrondissement de Paris, sont au centre de ces critiques: 500 000 dollars (340 000€) auraient été dépensés pour rénover l’appartement de 278 mètres carrés qui était auparavant celui de l’ambassadeur du Canada à l’UNESCO…. C’est dire qu’il ne s’agissait pas d’un local délabré. « Dire que l’appartement était en mauvais état serait exagéré » a déclaré le diplomate…

N’empêche !

Presque 40000 € pour l’installation informatique avec connexion internet et sécurisation, 14000€ pour un piano et….. 215000€ pour peinture, électricité, maçonnerie, parquet, etc…. Ca reste en travers de la gorge des journalistes… et des contribuables…. puisque ces travaux -et ces fournitures- ont été financés par l’Office International de la Francophonie et donc par le budget des Etats Contributeurs dont le Canada, le Québec et d’autres provinces francophones du pays -ainsi que la France…

Il y a quelques mois, il y avait déjà eu dans la presse française des papiers assez critiques sur ces travaux, et puis l’affaire s’était étouffée…

L’objet du litige, cet appartement de fonction au coeur de la capitale française, est, jusque là, en location. Il appartient au gouvernement du Canada qui le loue 103000 € par an à l’Organisation Internationale de la Francophonie. Le prix du loyer est à peu près celui du marché dans ce quartier. Rien là d’exorbitant. L’Organisation de la francophonie avait, parait il, l’intention d’acheter ce bien immobilier et considérait donc que l’argent dépensé était un investissement mais... les Canadiens n’auraient pas eu -ou n’auraient plus eu- l’intention de vendre. Sans cette transaction, l’argent dépensé par Michaelle Jean serait donc passé aux profits et pertes…. Boumbadaboum !

Mais l’immobilier n’est pas le seul grief que la presse québécoise nourrit contre Madame Michaëlle Jean. On lui reproche également des frais de déplacements « somptuaires ». Alors que le budget de l’institution francophone souffre de restrictions budgétaires, les frais de voyage de Madame la Secrétaire Générale ne cessent d’augmenter selon ses détracteurs. Ceux de 2015 étaient d’environ 600 000€ et en 2016 ils dépassent de 40% ce qui était prévu avec un total de 615 000€ environ. Chaque déplacement se fait avec un garde du corps, une assistante et un conseille. Compte tenu de l’importance de ces sommes, il semble même que les derniers documents transmis aux diplomates membres de la Commission administrative et financière de l’Organisation ait été « épurés». Les déplacements n’y apparaissent plus séparément mais sont intégrés aux « activités du Cabinet ».

Le numéro 2 de l’OIF, Adama Ouane, indique « il n’y a aucun signe à vouloir dissimuler quoi que ce soit, car il n’y a rien à dissimuler ». Pourtant, dans le même temps, une diplomate constate qu’il est impossible d’obtenir des explications détaillées sur le budget « déplacements ».

Défense maladroite

Les critiques ici sont arrivées à un point tel que le Directeur de l’Institut sur la gouvernance du Québec, Michel Nadeau, déclare que l’OIF doit publier ses états financiers: « Ce sont des fonds publics de plusieurs pays, ce ne sont pas des compagnies privées qui donnent de l’argent ! »

Dès son arrivée à Montréal, Michaëlle Jean entend s’expliquer. Mais, au lieu de s’éteindre, la polémique rebondit et s’amplifie. Disons-le, sa défense est maladroite: « Je ne suis pas une princesse » répond la Secrétaire Générale en essayant de répondre point par point -avec un peu de flou tout de même- à ses accusateurs, quelquefois de façon agressive et hautaine. Une radio de Montréal où elle est invitée pour s’expliquer se rend compte que pour venir depuis son hôtel -à un jet de pierre du studio- elle se déplace en limousine accompagnée d’une suite assez imposante de gardes du corps et d’assistants…. « A force de grimper vers le ciel -dit celui qui commente pour le journal « Métro »- on se rend jusqu’au sommet du mont de l’indécence ».

Dans une autre interview donnée à Radio Canada elle accuse purement et simplement les journalistes du « Journal de Montreal » d’être des « populistes » (sic) ce qu’elle prétend vouloir combattre.

Elle se plaint d’être victime d’une « campagne de diffamation » et donc, selon le commentaire d’une éditorialiste qui se moque: « c’est encore la faute aux journalistes ! »

C’est dire le ton utilisé généralement par les médias ici.

Le commentateurs visent également l’Organisation dont Madame Jean est la Secrétaire Générale: « De Gaulle disait que l’ONU était un machin, quel nom utiliserait-il Grand Dieu, pour désigner l’organisme dirigé par Michaelle Jean ? ». Des questions ont même été posées par les partis d’opposition au Parlement du Québec sur les sujets dont la presse s’était fait l’écho. « Québec Solidaire », le parti le plus à gauche de l’échiquier politique local a dit tout haut ce que tout le monde ici pense tout bas: « elle se croit une monarque. Elle se comporte comme les monarques. Elle pense que l’argent public, que l’argent des canadiens, l’argent des pays francophones et africains lui appartient…. »

Interpellée au Parlement de Québec la ministre des Relations Extérieures de la Province, Christine Saint-Pierre, a donné une information en chambre: les comptes de l’Organisation -et donc ceux de Madame Jean- serait auditeurs par la Cour des Comptes du Royaume du Maroc….

Des médias africains au secours de Mme Jean

Curieusement plusieurs publications africaines se sont portées au secours de la secrétaire générale de l’OIF. C’est le cas de « Seneweb » : « En parcourant tous les commentaires exprimés au sujet de cette fameuse enquête, le tollé général et le brouhaha que cette nouvelle a suscités dans l’opinion publique, cela nous amène à nous interroger sérieusement sur les véritables motivations et intentions, réelles ou supposées, des enquêteurs qui ont publié de tels chiffres, de manière brute, sans jamais prendre la peine de les contextualiser objectivement. Toute cette controverse entourant la rénovation de la résidence officielle de la secrétaire générale de la Francophonie, qui ressemble à un acharnement médiatique, ne sert pas du tout les intérêts du Canada, ni ceux du Québec, qui jouent par ailleurs un rôle prépondérant au sein de cette organisation intergouvernementale. »  Isidore KWANDJA NGEMBO, politologue, a signé cet éditorial. Monsieur Kwandja Ngembo est un diplomate canadien qui, en 2015, est arrivé en finale d’un concours international de journalisme mis sur pied par l’organisation Internationale de la Francophonie à New-York en marge d’une manifestation des Nations-Unies. Y aurait il conflit d’intérêt ?

Par le principe de la syndication de certains sites internet en Afrique le contenu, publié d’abord au Cameroun a été partagé dans de très nombreux pays africains.

Il y a quelques jours Isidore Kwandja Ngembo récidive dans le Huffington Post Québec: « Nous déplorons cette manière subtile de balancer, de façon brute, des gros chiffres qui auraient été dépensés, pour susciter l'indignation du public, et par ricochet, fournir des munitions aux détracteurs qui s'en sont d'ailleurs servis à cœur joie pour mener des attaques en règle contre la pauvre dame. »

La polémique continue…. une bataille de communication ?

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#Francophonie
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