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Art et culture

Bob Dylan pas fan d’Internet : « La technologie, c’est mécanique »

PARIS | Rue89 - Le 15 octobre 2016 à 08h47
Par Thierry Noisette
 Bob Dylan

Le nouveau prix Nobel de littérature doute des avantages de la surabondance de musique disponible sur Internet. Interviewé à la sortie de « Shadows in the Night », il a parlé de son goût pour les méthodes « à l’ancienne ».

Ainsi donc Bob Dylan a reçu le 13 octobre le prix Nobel de littérature. L’occasion de (ré)écouter ses classiques, mais aussi des titres moins connus, et pour Rue89 de s’intéresser aux rapports de Bob Dylan avec le numérique.

Il en a parlé dans une grande interview au quotidien britannique The Independent, au moment de la sortie de «  Shadows in the Night  » (février 2015), album de reprises de succès chantés par Frank Sinatra – dont «  Autumn Leaves  », version anglaise des «  Feuilles mortes  » de Prévert et Kosma.

Bob Dylan y parle de ses influences (le rock, le folk), de sa façon de travailler, de sa vie  : «  Je pense que j’étais de la dernière génération, ou très près, qui a grandi sans télé. Alors nous écoutions beaucoup la radio.  »

Le journaliste, Robert Love (joli nom, soit dit en passant – pour interviewer en plus un autre Robert), évoque cette époque où Dylan traquait les disques de Woody Guthrie, et où Mick Jagger et Keith Richards parcouraient tout Londres pour trouver des albums de blues  : «  Et maintenant, Internet a tout ça – il vous suffit d’appuyer sur un bouton et d’entendre presque n’importe quoi dans l’histoire de la musique enregistrée. Est-ce que ça a rendu la musique meilleure  ? Ou pire  ? Plus ou moins valorisée  ?  »

De la quête au trop-plein : Memphis Minnie

Réponse de Bob Dylan  :

«  Eh bien, si vous faites juste partie du grand public, et que vous disposez de toute cette musique, qu’est-ce que vous écoutez  ? Combien de ces choses est-ce que vous allez écouter en même temps  ? Votre tête va juste être encombrée – tout ça devient flou, je pense. Autrefois, si vous vouliez écouter Memphis Minnie, vous deviez chercher un disque de compilation, dans lequel il y aurait une chanson de Memphis Minnie. (...)

Et puis peut-être que vous auriez cherché Memphis Minnie dans d’autres endroits – une chanson ici, une autre là. Vous auriez essayé de découvrir qui elle était. Est-elle encore en vie  ? Est-ce qu’elle joue  ? Est-ce qu’elle peut m’enseigner quelque chose  ? Puis-je sortir avec elle  ? Est-ce que je peux faire quelque chose pour elle  ? Est-ce qu’elle a besoin de quoi que ce soit  ? Mais maintenant, si vous voulez entendre Memphis Minnie, vous pouvez aller écouter un millier de chansons. C’est du genre “ Eh mec, c’est trop  ! ” C’est si facile que vous pourriez l’apprécier beaucoup moins.  »

[Memphis Minnie (1897-1973) était une chanteuse et une guitariste de blues, ndlr]

L’interviewer demande ensuite à Dylan si les chansons sont dans l’album dans l’ordre où il souhaite que les gens les écoutent, ou s’il se soucie du fait qu’Apple les vend à l’unité. Bob Dylan  :

«  Le côté commercial de l’album ne me concerne pas du tout. Mais la façon dont les gens écoutent la musique a changé, et j’espère qu’ils auront l’occasion d’entendre toutes les chansons d’une façon ou d’une autre. Mais  ! J’ai enregistré ces chansons, croyez-le ou pas, dans l’ordre où vous les entendez. Pas que ça a vraiment de l’importance.

Nous faisions une chanson en trois heures d’habitude. Il n’y a pas de mixage. C’est juste comme ça sonnait. Capitol [la maison de disques, ndlr] a ces grandes chambres d’écho, donc une partie de ça a probablement été utilisée, mais nous avons utilisé aussi peu de technologie que possible. Ça a été trop souvent mal fait.  »

Bob Dylan en studio en 1965 - Rex Usa/Rex Features

« A l’ancienne »

Vraiment peu branché matériel d’avant-garde, Dylan explique que l’enregistrement a été fait «  à l’ancienne  »  :

«  C’est comme ça que j’avais l’habitude de faire des disques de toute façon. Je n’ai jamais utilisé d’écouteurs avant les années 80 ou 90. Je n’aime pas les utiliser. (…) Ils vous donnent une sensation trompeuse de sécurité. Beaucoup d’entre nous n’ont pas besoin d’écouteurs. Je ne crois pas que Springsteen ou Mick le fasse.  »

Plus loin, l’artiste enfonce le clou, à propos des studios qui poussent à «  améliorer  » les enregistrements  :

«  Si vous avez déjà entendu de la musique country actuelle, vous voyez de quoi je parle. Pourquoi est-ce que toutes ces chansons tombent à plat  ? Je pense que la technologie a beaucoup à faire avec ça. La technologie, c’est mécanique et contraire aux émotions qui informent la vie de quelqu’un. Le domaine de la country a été particulièrement frappé par ça.

Ces chansons [sur mon album] ont été écrites par des gens démodés depuis des années. Je suis sans doute de ceux qui ont contribué à les démoder. Mais ce qu’ils ont fait est une forme d’art perdue. Exactement comme Vinci et Renoir et Van Gogh. Personne ne peint plus comme ça. Mais ça ne peut pas être mal d’essayer.  »

L’opposé : Neil Young

Un autre vétéran de la musique, Neil Young, s’est quant à lui intéressé de près aux nouvelles technologies dans ce domaine  : critique véhément depuis des années de la qualité minable des sons en MP3, il a lancé en 2014 un crowdfunding pour un baladeur haute définition. Son Ponoplayer est vendu autour de 345 dollars.

Mais Bob Dylan n’est pas systématiquement anti-nouveautés : en 2013, il avait sorti un clip interactif de « Like a Rolling Stone ».

PUBLIÉ INITIALEMENT SUR
Rue89
Tags
#BobDylan, #PrixNobel, PrixNobelLitterature
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