iloubnan.info
( Publicité )
Art et culture

La compagnie Mipana joue Pacamambo de Wajdi Mouawad Ă  Paris

PARIS | iloubnan.info - Le 22 aoűt 2016 à 16h25
Par Diana Kahil
Pamina de Hautecloque sur scène pour Pacamambo à Avignon.

La compagnie Mipana joue Pacamambo de Wajdi Mouawad du 18 août au 26 novembre au théâtre de l'Essaïon à Paris, puis le 14 octobre en Lorraine. Mipana organise de nombreuses activités, elle a récemment organisé entre autres une soirée contes libanais en amont du festival d'Avignon pour faire découvrir l'univers panoptique de Wajdi Mouawad où celui-ci esquisse la thématique de la mort. Cette thématique chargée d'émotions et de résonances enfouies revient en leitmotiv tout au long de Pacamambo, avec notamment cette phrase: ''La vie c'est la mort, la mort c'est la vie.''

La pièce raconte l'histoire de Julie dont la grand-mère a été emportée par la Lune à Pacamambo. Pour retrouver le chemin qui mène à elle, Julie, accompagnée de son chien Le Gros, décide de convoquer la Mort pour lui "casser la gueule".

Rencontre à deux voix avec deux comédiennes talentueuses: Pamina de Hautecloque et Aloysia Delahaut qui ont plus d'un tour dans leur sac… Elles évoquent avec nous  Pacamambo et leur passion du métier. 

Dites-nous quelques mots au sujet de la compagnie Mipana, de ses objectifs, de son actualité prochaine...

Pamina: Pana signifie velours en espagnol et Mi pana est une expression d’Amérique latine pour désigner un ami cher.

Cette compagnie a pour objectif de mettre de la douceur et de l’amour dans des sujets de la vie qui peuvent paraître durs, tabous, tels la mort ou la maladie. La compagnie Mipana a été fondée en novembre 2014 par Pamina, ancienne élève de l’école Jacques Lecoq à Paris. L’esprit de Mipana tire sa source de différentes expressions théâtrales rencontrées lors de voyages en Europe et en Asie.Son objectif est notamment d’allier l’exigence française à la fantaisie anglo-saxonne.

C’est dans cet esprit que Mipana a monté Pacamambo.

Pour cette pièce, le metteur en scène et les acteurs choisis par Mipana viennent d’univers variés: du théâtre classique au théâtre contemporain en passant par la cornemuse et le mouvement.

La pièce est gorgée d'émotions, enfouies, naissantes, imagées, partagées, imaginées... Quel sentiment vous a d'emblée habitées à la première lecture en tant que comédiennes?

Panima: J'ai lu cette pièce pour la première fois alors que mon grand-père était mourant à l'hôpital. Ce texte m'a énormément bouleversée et émue. Il m'a aussi aidé à accepter la mort de mon grand-père. Grâce à ce texte, je reste très proche de lui, des souvenirs vécus avec lui et je continue à l'aimer tous les jours.

Aloysia: Quand j'ai découvert la pièce, j'ai trouvé que la poésie du texte et les émotions des personnages étaient très fortes, mais sans pathos et avec toujours beaucoup d'humour. Chacun a une trajectoire qui lui est propre et pourtant il est sans cesse remis en question par les événements.

J'ai trouvé aussi que la révolte de Julie pour essayer d'empêcher la Mort de gagner était viscérale, et cela est très beau. 

En ce qui concerne les rôles de la Lune et de la Mort que j'interprète, ce sont deux scènes qui permettent à Julie de passer à autre chose, dans l'une c'est la mort véritable de sa grand-mère, et dans l'autre, c'est le moment qu'elle attend pendant toute la pièce, la rencontre avec la Mort pour lui demander des comptes. Ce sont deux scènes émotionnellement fortes et étranges, avec ces interventions de "personnages" de l'au-delà. Je trouve le parti pris du metteur en scène très judicieux: l'idée que ce sont deux faces d'une même entité, la Lune permet justement le passage vers l'au-delà, en douceur, comme vers un paradis joyeux, et la Mort est finalement impossible à imaginer concrètement, si ce n'est qu'elle est omniprésente, à la fois rationnelle et irrationnelle, imprévisible et pourtant bien certaine...cette folie et cette extravagance me paraissent assez pertinentes.

L'univers théâtral de Mouawad vous a-t-il toujours interpellé, vous interpelle-t-il?

P: Pacamambo était la première pièce que j'ai lue de lui. Depuis j'ai lu quasiment l'intégralité de ses œuvres qui me touchent toutes. Son écriture me bouleverse et arrive à me toucher comme aucun autre auteur de théâtre contemporain n'arrive à le faire.

A: Je connaissais les pièces les plus connues, notamment "Littoral". On y trouve d'ailleurs des parallèles avec Pacamambo, notamment avec l'homme qui cherche à enterrer son père dans un lieu pertinent. Il y a l'idée de l'épopée toujours présente chez l'auteur, mais surtout l'idée que les morts font totalement partie de notre monde, et qu'il y a une grande porosité entre le monde des vivants et le monde des morts. Ce sont des choses qui me parlent personnellement.

Que pouvez-vous nous dire au sujet de votre collaboration avec le metteur en scène, Joseph Olivennes?

P: J'admire énormément le travail de Joseph. Je trouve sa mise en scène très poétique et claire à la fois. C'est un plaisir d'être mis en scène par lui. Nous nous entendons et nous comprenons très bien.

Il arrive à adapter sa mise en scène à chaque lieu. Il ne cesse de l'améliorer. La mise en scène et le jeu changent. C'est quasiment une nouvelle pièce à chaque lieu ce qui fait que nous ne nous ennuyons jamais.

Je l'admire d'autant plus que c'est moi-même et Rafaële Minnaert qui avons choisi le texte et les acteurs. 

A: J'ai beaucoup apprécié travailler en allers-retours avec lui, il est très à l'écoute des acteurs et toujours en recherche de ce qui sera le plus pertinent à la fois pour nous et pour le propos, et n'hésite pas à changer d'avis s'il le faut.

Je suis très sensible au côté vivant et aléatoire de la scène, on ne joue pas seul, on est avec le public et on vibre différemment à chaque représentation, et je trouve que cette mise en scène en tient vraiment compte.

Avez-vous une anecdote sur un moment particulier durant les répétitions? 

P: Une anecdote après une représentation.

Une petite fille de 6 ans et sa grand-mère sont venues voir Pacamambo pendant le Festival d'Avignon 2015. 

La petite fille était en train de perdre son père. La grand-mère est venue nous parler après la représentation en nous expliquant la situation;  la grand-mère pensait que cette pièce avait été trop violente pour sa petite fille. Néanmoins, quand la petite fille a pris la parole, elle nous a prouvé qu'elle avait adoré le spectacle et qu'elle avait compris que les souvenirs de son père resteraient à jamais avec elle. Elle a aussi compris que la mort fait partie des règles du jeu et qu'il fallait qu'elle accepte que son père rejoigne le pays de Pacamambo.

Cette pièce a été d'une grande aide pour cette grand-mère et cette petite fille. 

C'est un plaisir de jouer et d'apporter autant d'amour et d'espoir à chaque représentation. 

Parlez- nous de votre intérêt pour le pays du Cèdre et de la culture orientale en général...

P: Je connais malheureusement très mal ce pays. J'essaie d'en apprendre le maximum depuis notre soirée "Contes libanais".

A: Personnellement je connais assez bien la culture libanaise, dont pas mal d'aspects me fascinent, mais ce qui me fascine surtout c'est que malgré une histoire et une actualité très mouvementées du pays, il y a toujours ce sentiment que tout est possible et tout est à faire. Il y a une énergie vitale très forte, presque violente, qui se ressent quand on est dans le pays; je n'avais jamais ressenti ça auparavant, et c'est très impressionnant la première fois. Justement par rapport à Pacamambo je pense qu'on peut dire que pour les moyen orientaux, la vie transcende vraiment la mort!

Pensez-vous comme Mouawad que l'écriture, le théâtre, la vie tout simplement peuvent transcender la mort?

P: Je suis tout à fait d'accord ! L'imaginaire, le souvenir et surtout l'amour sont plus forts que la mort donc tant que l'on continue de rêver, de vivre et d'aimer les personnes que l'on aime ne meurent pas complètement.

A: Je pense que la mort est de toute façon difficile à accepter pour ceux qui restent, la séparation, l'absence sont douloureuses. L'écriture et l'art en général permettent de relativiser et de déplacer notre regard subjectif sur notre douleur. Mais c'est valable pour tout, l'art transcende oui. C'est l'une des raisons pour lesquelles je pense que l'art est vital.

 

PACAMAMBO

De Wajdi Mouawad

Mise en scène de Joseph Olivennes. 

Avec Pamina de Hautecloque, Vianney Ledieu, Jock Maitland, Aloysia Delahaut, et en alternance Rafaële Minnaert et Anne Lefol. 

Du 18 août au 26 novembre au théâtre de l'Essaïon à Paris

Tags
#Theatre, #WajdiMaouwad
Donnez votre opinion
0 Commentaires
( Publicité )
( Publicité )
( Publicité )
( Publicité )
( Publicité )
                        
© COPYRIGHT 2018 Par Proximity Agency