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Art et culture

De Lviv à Beyrouth: Natalya Dzyadyk, parcours d’artiste

BEYROUTH | iloubnan.info - Le 02 août 2016 à 17h17

Natalya est une figure atypique dans la communauté ukrainienne de Beyrouth. Cela fait neuf ans qu’elle est installée au Liban : elle est arrivée en 1997, un an après s’être mariée, en Ukraine, avec un Libanais qui y avait fini ses études et y travaillait depuis quelques années déjà. Parfaitement arabophone, Natalya est profondément intégrée dans la société locale dont elle connaît les codes (et l’actualité politique !) sur le bout des doigts. C’est réjouissant de la voir évoluer dans Beyrouth, belle femme au visage slave, à l’aise comme un poisson dans l’eau au coeur du quotidien chaotique libanais.


Mais avant tout, Natalya est une artiste.

On la rencontre alors qu'elle vient tout juste de commencer un nouveau projet : la conception et l'exécution des vitraux de l’église de St. Jean de l’archevêché Grec Catholique de Beyrouth.

Elle possède un Master en Arts appliqués et a étudié l’Histoire de l’Art en Ukraine. D’abord spécialisée en peinture sur soie, elle est aujourd'hui tout aussi à l’aise sur d’autres matériaux et intervient donc fréquemment sur le verre, les vitraux. Sur de la mosaïque aussi. Elle est également régulièrement consultée pour des travaux de restauration de peinture.

Elle et son mari vivent à Rmeileh. Dans leur maison, toute une pièce est dédiée aux projets artistiques en cours. Certains d'entre eux s’avèrent particulièrement envahissants et c’est tout l'ensemble de leur logement qui prend des allures d'atelier. Dans cette demeure, l’art est omniprésent. Ce fut le cas depuis toujours pour Natalya. Elle vient d’une famille d’artistes.

Son père, Mikhaelo Dzyadyk, est très connu en Ukraine. A 76 ans, il travaille encore aujourd’hui, sur des vitraux et de la mosaïque notamment, mais pas seulement. C’est également un peintre renommé. Et il s’attaque parfois à des plans de travail inattendus: une fenêtre, un rocher, qu’il transforme en œuvres d’art. Toute petite, Natalya s’habitue ainsi à voir son père peindre sur tous les supports possibles, jusqu’aux murs de la maison de sa grand-mère. Natalya se souvient que du temps de l’URSS, le travail des artistes était « très encadré. Maintenant il est quand même plus libre », dit-elle. Son père peut ainsi désormais lancer et diriger ses propres projets.

Sa mère, Olena, est spécialiste en tapis artisanaux, qu’elle crée sur un cadre à la main, ou grâce à une machine traditionnelle.

L'art, toujours, partout

Natalya maîtrise aujourd’hui ces différentes techniques artistiques, non seulement parce qu’elle les a étudiées à l’université, mais aussi et surtout car elle a grandi avec elles.

« Quand on est issu d’une telle famille, on baigne dans l’art en permanence. D’ailleurs je pense même que du coup, on ne peut pas faire autre chose dans sa vie! Pour nous l’art est partout, On vit entouré des œuvres de la famille » raconte-t-elle. « Chaque jour, où que l’on pose les yeux, on voit de l’art. A force de le voir, peu à peu on s’y exerce soi-même. Le geste artistique finit par faire partie des gestes du quotidien. Comme une routine. Peut-être que c’est dans les gènes aussi, allez savoir. »

C’est possible en effet : sa sœur Ivana, de quatre ans sa cadette, a fait un doctorat en peinture. Elle vit en Allemagne. Natalya se souvient que quand elles étaient enfants, elles n’aimaient pas aller dans l’atelier de leur mère. Trop de fibres, trop de poussière. Non, ce qu’elles préféraient, c’était l’atelier de peinture de leur père. A deux ans, plutôt qu’un hochet, on donnait à Natalya un pinceau et un tréteau pour qu’elle reste tranquille.

Une femme qui commande aux hommes pour remuer la pierre… 

Quand Natalya arrive au Liban il y a 9 ans, elle compte bien s’y faire un nom. En tout cas y faire connaître celui de sa famille d’artistes.

Mais ce n’est pas toujours facile ici de faire accepter son savoir-faire. Et puis une femme qui manie ainsi le verre en fusion et commande aux hommes pour remuer la pierre… Pour certains ici, c’est inconcevable.


Mais elle a fait son chemin malgré tout. Elle souligne que le soutien inconditionnel de son mari a été infiniment précieux pour lui permettre d'avancer. Elle a travaillé sur quelques églises et des projets privés, et présenté deux expositions, à l’Unesco et au ministère du Tourisme.

Et aujourd'hui, donc, ce projet pour l'archevêché Grec Catholique de Beyrouth.

Natalya enseigne aussi la peinture à des enfants et adolescents qui, peut-être parfois sans le savoir, ont la chance rare de bénéficier du savoir-faire d’une illustre famille d’artistes ukrainienne. 

Tags
#Art, #artistes, #femme, #Patrimoine, #Peinture
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