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Art et culture

Maison Tarazi, de la légende à la lumière: "Vitrine de l’Orient"

BEYROUTH | iloubnan.info - Le 18 octobre 2015 à 17h45
Par Elodie Morel

Une villa, à Baabdath. Posé sur une table basse, le livre est imposant. Massif, même. Lourd de souvenirs, et d’un riche patrimoine familial. “Vitrine de L’Orient” vient de paraître aux Editions de la Revue Phénicienne. Cet ouvrage raconte l’histoire, les histoires de la Maison Tarazi. Fondée à Beyrouth en 1862, elle a réalisé à travers les époques de somptueuses boiseries et meubles de salons ottomans et arabes, pour des anonymes comme pour de grandes institutions.

L’auteur de ce livre est Camille Tarazi. Architecte diplômé de la prestigieuse ALBA, il exerce dans le cabinet de son père depuis 1996. Mais il est familier de ses travaux depuis bien plus longtemps.

“En 1982 ou 1983, mon grand-père réalisait un chantier au ministère de l’Intérieur. Il m’emmenait avec lui. Je m’en souviens bien, j’avais environ 8 ans.”

Une dizaine d’années plus tard, en 1993, Camille entre à l’ALBA. Cette année-là, son père obtient le projet de restauration de la porte et des boiseries de la Résidence des Pins. A l’origine réalisées par son arrière-grand-oncle, ces boiseries avaient été démontées par son grand-père au milieu des années 80, à la demande de l’ambassade, puis stockées en lieu sûr, pour les protéger des ravages de la guerre.

Cette initiative a certainement contribué à limiter les dégâts mais tout de même: au moment de réinstaller les boiseries, les travaux de restauration s’avèrent nécessaires. “Nous avons refait le salon ottoman à l’identique” se souvient Camille. Pendant ses études, il continue à travailler au côté de son père, acquérant sur le terrain un savoir que l’école ne peut transmettre à elle seule.

Des histoires et des cartes postales

Toujours pendant ses études, en 1995, son grand père décède.

C'est un déclic pour la suite de l'histoire.

“J’étais très proche de lui. Il s’amusait à faire des arbres généalogiques pour retracer le parcours de la famille. A sa mort j’ai voulu continuer dans cet esprit.” Camille commence alors à recueillir des informations et des témoignages sur les naissances, les décès. “Je posais des questions, on me racontait des histoires sur tel ou tel personnage. J’écoutais attentivement ces récits puis je les mettais par écrit.”

Parallèlement, sur un marché aux cartes postales à Paris, il rencontre Fouad Debbas. Debbas lui ouvre sa propre collection, où Camille découvre de nombreuses cartes signées “Tarazi”: la maison les utilisait comme des sortes de supports publicitaires. "Du coup je me suis pris au jeu moi aussi, et je me suis mis à les chercher partout. J'en trouvais qui provenait du Liban bien sûr mais aussi de Palestine, de Syrie… Aujourd’hui j’en ai 1300.”

On peut en découvrir de magnifiques dans "Vitrine de l'Orient". Comme celle-ci, qui montre le Sérail à Beyrouth en 1905.

Dans ce contexte de recherche, Camille entre dans les bibliothèques, notamment à la bibliothèque orientale de l’USJ, pour faire des recherches plus approfondies, farfouiller dans les journaux et magazines anciens, à la recherche d’informations sur la maison Tarazi.

“J’ai découvert des histoires fabuleuses. Par exemple que la maison Tarazi avait réalisé un trône en 1900 pour le sultan ottoman Abdel Hamid II". L’histoire de ce trône est dans le livre.

Comme une constellation

Parfois, c’est l’information elle-même qui le trouve, au gré de hasards troublants. Ils ’en étonne, s’en amuse. Puis l’accepte tout simplement. “Il m’arrive de réfléchir pendant des mois à la façon de retrouver la trace d’un salon réalisé par mon grand-père ou mon père. Et un jour je reçois un coup de fil spontané de quelqu'un qui m’amène l’information sur un plateau, comme tombée du ciel.” 

Le livre Vitrine de l’Orient naît de toutes ces données, de toutes ces recherches.

Ces informations collectées auprès de personnes éparpillées, Camille les a rassemblées,  recoupées, reliées entre elles. Comme une constellation, elles finissent par dessiner une vérité permettant de sortir de la légende familiale.

“Le mythe, c’est très inconfortable"

“Le mythe, c’est très inconfortable”, dit l’auteur. “On ne sait pas ce qui est vrai, ce qui est faux. Démystifier une histoire familiale, ce n’est pas lui enlever son brilliant. C’est un acte d’amour. On rend hommage à ceux qui ont, réellement, fait des choses fantastiques.”

Chercher la vérité jusqu’au bout, on n’en a pas toujours le courage et c’est dommage, car cela peut être incroyablement gratifiant, selon lui. “J’ai parfois senti une réticence chez certains membres de ma famille quand il s’est agi de partager avec moi des documents concrets, des textes ou des photos. Mais aujourd’hui, beaucoup d’entre eux me disent leur bonheur de voir le résultat de mes recherches aboutir avec ce livre. Oui, ils me disent être heureux d’être vivants pour voir ça.”

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#Architecture, #Culture, #Littérature, #Patrimoine
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