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Art et culture

En France et aux Etats-Unis, la librairie indépendante résiste à Amazon

PARIS | Rue89 - Le 13 octobre 2015 à 13h11
Par Claire Richard

Contrairement à ce qu’annonçaient les prédictions, Amazon n’a pas enterré la librairie indépendante. En France et aux Etats-Unis, celle-ci connaît un net regain d’activité, mais elle a d’autres ennemis.

En France, depuis un an, les ventes des librairies indépendantes reprennent. C’est ce qu’indique une enquête publiée dans Le Monde lundi, intitulée « Comment le livre résiste à Amazon ».

Fin juin, le chiffre d’affaires des librairies indépendantes avait augmenté de 5 à 9% par rapport à celui de l’année précédente à la même période.

Avec des politiques de prix agressives et l’installation de quatre entrepôts en France, Amazon s’est pourtant bien implanté. Aujourd’hui, son chiffre d’affaires est proche de celui de la Fnac. Selon Le Monde, les deux tiers des ventes en ligne de livres physiques et la moitié des achats d’ebooks se feraient par la plateforme.

Pour autant, la librairie indépendante n’a pas subi le cataclysme que certains prédisaient.

Des mesures de protection efficaces

Cette santé relative s’explique en grande partie par des mesures publiques qui entourent le livre :

  • prix unique du livre depuis 1981 ;

  • TVA réduite sur les livres ;

  • volonté politique de l’Etat de protéger les acteurs du livre français, avec le vote en 2014 d’une loi dite « anti-Amazon », qui interdit au vendeur en ligne de cumuler la gratuité des frais de port et la réduction de -5% sur le prix du livre.

Mais les libraires indépendants se sont aussi adaptés pour répondre à l’arrivée d’Amazon et à l’évolution des pratiques de consommation.

Ainsi, explique Le Monde, les librairies se sont recentrées sur l’animation autour du livre, les lectures publiques, le conseil aux lecteurs (où beaucoup voient la vraie spécificité du libraire, face à l’algorithme de recommandation).

Ils sont peu à investir dans la vente d’ebooks. En effet, le livre numérique est loin d’être très répandu en France : environ 3% des ventes totales, tandis que les ventes de Kindle stagnent à 350 000 exemplaires vendus par an, selon Télérama qui résume :

« L’ebook n’a pas fait une entrée fracassante en France, et il ne s’y effondre pas non plus. »

Inventer des alternatives

Editeurs et distributeurs adaptent aussi leurs modes de distribution et leur logistique pour rendre Amazon moins attractif.

Les groupes essaient de mettre en place une distribution plus rapide. Certains voient même dans l’impression à la demande l’avenir de la librairie : une imprimante sur laquelle les clients peuvent imprimer instantanément les livres qu’ils désirent, dans leur librairie.

Au Salon du livre 2015, les éditions PUF et La Martinière avaient présenté sur leurs stands une machine d’impression à la demande.

Enfin, libraires et éditeurs lancent aussi des plateformes pour concurrencer Amazon : ParisLibrairies.fr (librairies parisiennes et franciliennes), Librest.com (librairies de l’Est parisien), PlaceDesLibraires.fr (retrait en librairie), LaLibrairie.com (en points de vente) ou LesLibraires.fr (envoi postal).

Aux Etats-Unis aussi

Cette tendance à la reprise de la librairie indépendante a déjà été observée aux Etats-Unis, pourtant longtemps considérés comme une terre sinistrée pour la librairie indé.

Ainsi au début de l’année 2015, l’American Bookseller Association a affirmé que le nombre de librairies indépendantes avait augmenté de 27% depuis 2009, avec 440 nouvelles librairies indépendantes dans le pays.

Selon un des porte-parole de l’association, on peut imputer la reprise à plusieurs facteurs :

  • le recul des grosses chaînes : Borders a fait faillite en 2011, et Barnes & Noble a fermé des centaines de magasins ;
  • l’essor d’un mouvement pour « consommer local » et soutenir les petits commerçants ;
  • l’accès des libraires à des technologies sophistiquées qui leur permettent de rivaliser avec des concurrents plus gros ;
  • une nouvelle génération de commerçants entrepreneurs « que la nouveauté n’effraie pas ».

La librairie reste un lieu social

Si les facteurs de la reprise sont différents dans les deux pays, les libraires expriment tout de même un sentiment commun.

En France comme aux Etats-Unis, beaucoup estiment que l’essor du commerce numérique et des réseaux sociaux a rappelé l’importance de la librairie comme lieu social : le lieu où l’on vient chercher un livre, découvrir ce qu’on ne savait pas vouloir, chercher de quoi réfléchir et s’élargir.

Par exemple, dans Télérama, une libraire raconte qu’après les attentats de janvier, elle a eu « un afflux de visites hors du commun, parce qu’il y avait un fort besoin de questionner et de comprendre ».

Si c’est vrai, cela voudrait dire aussi que l’âge des plateformes et de la recommandation algorithmique sécrète aussi son contraire, un désir de lieux physiques et de rencontres.

La librairie pas sauvée pour autant

Avant de crier victoire, il faut tout de même replacer la reprise des ventes dans un contexte plus général. Le Monde souligne ainsi que la résistance des librairies existe sur fond de baisse continue du lectorat depuis des décennies :

« Depuis les années 80, chaque nouvelle génération comporte moins de grands lecteurs que la précédente. Et une partie des faibles et moyens lecteurs décrochent à partir de l’adolescence. »

Plus généralement, la crise de la librairie n’est pas seulement due à la concurrence d’Amazon ni même d’Internet, comme l’expliquait en 2011 un billet très complet de Hubert Guillaud.

Il faut aussi (surtout ?) prendre en compte :

  • la part croissante des grandes surfaces dans la vente de livres (on achète son polar à Auchan ou Carrefour en faisant ses courses hebdomadaires) ;
  • l’augmentation faramineuse de la production de livres : + 175% entre 1970 et 2007, et une moyenne d’environ 70 000 titres par an, alors même que les lecteurs sont moins nombreux ;
  • les conditions commerciales de plus en plus difficiles pour les libraires ;
  • l’augmentation des loyers en zone commerciale (dont ont pâti des librairies emblématiques comme La Hune à Paris ou Penn Books à New York) ;
  • l’augmentation des coûts de transport et donc d’acheminement des livres.

Si les conclusions de l’enquête du Monde sont une bonne nouvelle pour la librairie indépendante, reste cependant à répondre à ces facteurs-là, bien plus préoccupants.

PUBLIÉ INITIALEMENT SUR
Rue89
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#Librairies
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