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Art et culture

« Le Hangar », centre culturel au cœur de la banlieue Sud

BEYROUTH | iloubnan.info - Le 24 juillet 2009 à 19h00
 The HANGAR
Renovation plan for The HANGAR
Depuis 2004, l’association « Umam documentation and research » a créé un fonds d’archives privé qu’elle compte rendre public l’année prochaine. L’association a également ouvert « Le Hangar », une sorte de petit centre culturel qui attire de plus en plus de monde. Visite d’un lieu qui sort des sentiers battus.
Dans le chaos urbain d’Haret el Hreik, la maison centenaire de la famille Slim, avec ses arches, ses petites cours et son jardin, détonne un peu dans le paysage. La grande demeure a toujours servi de quartier général à l’association « Umam Documentations and Research », avant même qu’elle ne soit fondée. En 2001, alors que le rez-de chaussée était à peine utilisable, Lokman Slim et sa femme Monika Borgmann y installent les locaux de la société de production Umam Production. Lokman est un intellectuel libanais fondateur de la maison d’édition Dar Al Jadeed dans les années 90 ; Monika, elle, est journaliste free-lance pour la radio allemande dans tout le Moyen-Orient depuis près de vingt ans. Ils se rencontrent lors d’une conférence à Zico House en 2001. Ils décident de faire témoigner face à la caméra d’anciens bourreaux des massacres de Sabra et Chatila. Le projet, produit par Umam Productions, aboutira au film « Massaker », trois ans plus tard. « En réalisant ce long métrage, nous avons voulu vérifier les témoignages que nous filmions, mais nous nous sommes rendus compte qu’il n’existait pratiquement aucune archive sur la guerre du Liban », explique Monika Borgmann. Naît alors l’idée de créer un fonds d’archives sur l’histoire du Liban en 2004, avec l’association « Umam D&R » : Lokman et Monika commencent par rassembler toutes les centaines d’heures d’archives de « Massaker », ainsi que de nombreuses coupures de journaux, tracts ou posters qui ont été conservés par Lokman ou sa famille.

Un vrai petit centre culturel

Entre-temps, la maison d’Hart el Hreik commence à accueillir quelques projections occasionnelles. Les fondateurs d’Umam décident de lancer davantage d’activités culturelles : ils restaurent un vieux hangar des années 50 proche de la maison, qui a successivement servi d’entrepôt pour les fruits et les légumes, de garage ou même de petite imprimerie. Ce sera « Le Hangar », ouvert en avril 2005. Différents évènements y sont organisés - tables rondes, expositions, ateliers ou projections - sur le thème de la mémoire et de la violence. Parmi les derniers évènements, le projet « Collecting Dayié », l’année dernière, sur la mémoire d’Haret el Hreik : une grande carte de la banlieue et des photos du quartier ont été installés dans le Hangar et les habitants sont venus y coller des post-it avec leurs commentaires pour raconter leur vision du quartier. En 2008 ont été organisées une exposition de photos sur l’Algérie, une autre sur le camp de réfugiés palestiniens de Bourj al Chamali (« How beautiful is Panama »), ou encore l’exposition « Live débris », sur le concept de recyclage. Depuis trois ans, le Hangar s’est affirmé comme un vrai petit centre culturel dans la banlieue Sud. « Nous voulons promouvoir la circulation des idées dans tout Beyrouth. La culture ne doit pas être cantonnée dans des zones franches à Hamra ou Achrafieh. La banlieue Sud et le reste de Beyrouth sont devenus des ghettos imaginaires entre lesquels il n’y a plus d’échanges », soutient Lokman Slim, également fondateur de l’association Hayya Bina en 2005, qui tente de créer un débat permanent sur la violation des libertés civiles au Liban.

Un fonds d’archives ouvert au public en 2009

Si Umam organise régulièrement des manifestations culturelles, l’activité d’archivage a pris une autre dimension après la guerre de l’été 2006. Une partie de la maison familiale s’est effondrée sous les bombardements et de nombreux documents sont partis en fumée. « Nous nous sommes rendus compte de l’urgence de numériser et de scanner toutes les archives », raconte Monika Borgmann. Un travail de titan, avec peu de moyens. Près de 40 000 pages ont été déjà numérisées, mais cela ne représente encore qu'une goutte d’eau. Dans une salle du rez de chaussée, des milliers de documents sont  toujours empilés dans des cartons ou protégés dans des sacs en plastique noirs. Les archives contiennent en particulier de la « littérature grise », ces documents non officiels comme les flyers, les tracts ou même les gazettes de milices pendant la guerre civile. « Nous avons une centaine de brochures datant des années 20 ou des exemplaires d’une vingtaine de périodiques qui ont disparu», explique Berna Habib, une des responsables de Umam. « Nous sommes en train de numériser des milliers de photos du studio Al Marj, un studio de photo qui date de 1937 et qui était basé à Marjayoun », ajoute-t-elle.

L’archivage n’en est encore qu’à ses débuts, mais Umam prévoit dès 2009 de rendre accessible au public les archives qu’elle aura pu numériser. « Nous espérons que la mise à disposition des archives incitera les gens à nous fournir leurs archives privées pour agrandir notre base de données », explique Monika Borgmann.

L’association est à l’affût de tous les nouveaux documents qu’elle peut trouver. « Il y a quelques semaines, nous avons découvert par hasard des camions qui sortaient de l’Hôtel Carlton, le premier hôtel qui a accueilli des femmes en maillot de bain au Liban. L’hôtel va être détruit et tous les papiers de l’établissement allaient être jetés. Nous avons récupéré in extremis les anciens passeports des résidents, les factures, les livres d’or… », ajoute Monika Borgmann. Umam D&R possède aussi environ 1000 heures d’enregistrement audio et 250 heures de vidéo. « L’idéal serait que dans dix ans, une initiative comme la nôtre puisse aider à la création d’une archive au niveau national ». Il n’existe encore au Liban que des initiatives d’archivage éparses, et aussi le projet de la Bibliothèque nationale, qui devait être réactivé en 2006 mais n’est toujours pas sur les rails. « Constituer une bibliothèque d’archives est un des seuls moyens qu’il nous reste pour se battre contre une politique qui ne cesse de reproduire l’amnésie », conclut Lokman Slim.
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#Patrimoine, #Archive
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