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Art et culture

Yasmine Hamdan, artiste réinventée

BEYROUTH | iloubnan.info - Le 02 juin 2014 à 14h44
Par Elodie Morel
Photo: extrait de l'affiche de l'événement A Night of Dancing With Yasmine Hamdan, organisé au Radio Beirut le 29 mai.

Yasmine Hamdan est revenue à Beyrouth. Après cinq ans d’absence de la scène libanaise, elle se trouvait dans la capitale fin mai et début juin pour y présenter au public le film Ony Lovers Left Alive, de Jim Jarmusch, où elle interprète son propre rôle. Et aussi pour y donner un concert dans le cadre de la tournée internationale qu’elle mène depuis 2013 pour son album Ya Nass. Lors d’une brève rencontre à une table de café, elle nous parle de Jim Jarmusch, de son amour de la scène, de son évolution musicale, et de cet album qui nous a complètement envoûtés.

On la retrouve dans la petite salle du Radio Beirut, à Mar Mikhael. Les photos de Yasmine Hamdan dans les médias donnent d’elle une image parfois un peu boudeuse et distante. Elle n’est ni boudeuse ni distante. Elle est très zen et en même temps fébrile, à fleur de peau. Signe de passion, ou de fatigue peut-être. Ces jours-ci elle enchaîne les interviews à un rythme d’abattage. Mais « ça va, j’ai l’habitude » dit-elle.

La présence à Beyrouth de Yasmine Hamdan est un événement médiatique à lui tout seul. Elle est de retour dans sa ville après cinq ans d’absence. Cinq ans sans revenir, quand même, c’est long, non ? "Mais ça s’est trouvé comme ça" déclare-t-elle. Elle nous en dira davantage plus tard. Pour l'heure, elle est de retour dans la capitale, notamment pour y présenter au public libanais le film de Jim Jarmush, Only Lovers Left Alive, dans lequel elle interprète son propre rôle et chante la chanson Hal, dans un café de Tanger. La première du film, le 27 mai au Metropolis Empire Sofil à Achrafieh, sera un succès complet. Elle réunira des artistes, des fans de la première heure, des admirateurs plus récents. *

L'ange et la créature

Oui, Yasmine Hamdan est quelqu’un qu’on admire. Le mot qui revient sans cesse à son sujet dans la presse, c’est "icône". Icône de la musique électronique, icône de la musique arabe d’aujourd’hui, icône de mode aussi.  Rien d’étonnant concernant ce dernier point. La table du Radio Beirut est étroite, du coup on peut la regarder tout à loisir : les yeux sombres, les épais cheveux noirs, la finesse des traits, des mains. Ce style à la fois doux, mélancolique et nerveux. Lors de la conférence de presse de présentation d’Only Lovers Left Alive, à Cannes en 2013, Jim Jarmusch l’avait décrite comme une "artiste extraordinaire", "une créature". On redit à Yasmine ces mots du réalisateur américain. Elle sourit. "Jim Jarmusch , c’est un ange," dit-elle.

L’ange et la créature, donc, se rencontrent en 2010 pendant le Festival international du film de Marrakech. C’est une de ses rencontres rendues possibles par une série d’imprévus : Yasmine donne un concert qu'elle ne pensait pas donner, et pour lequel elle répète la veille. Elle est accompagnée au piano, ce qui ne s'est encore jamais produit. Elle croise Jim Jarmusch et son épouse la veille du concert. Le lendemain, il assiste à sa prestation sur scène. Il vient la voir juste après et lui confie qu’il a une idée pour elle, pour un prochain film.

Ce n’est que deux ans plus tard qu’il la recontacte. Il lui dit que ce film est prêt à être tourné. C’est Only Lovers Left Alive. "Je t’envoie le scénario, tu vas pouvoir découvrir ta scène" dit-il.

"Cette scène je l’ai lue, je l’ai rêvée", raconte Yasmine. "Et ensuite j’ai écrit le morceau que je chante dans le film. J’ai contacté les artistes avec lesquels je voulais faire cette chanson [Hal, qui figure aussi sur l’album Ya Nass]. Pendant cette soirée de 2010, au concert à Marrakech, il y avait une énergie particulière, que j'ai voulu retranscrire dans cette chanson. Et aussi quelque chose d’hypnotique, ressenti en lisant le scénario du film."

Ya Nass: l'envoûtement

Deux mois plus tard, ils tournent cette scène, à Tanger. Elle chante dans un café, accompagnée d’instruments traditionnels de la musique Gnawa: le karkabou, le gimbré. Le résultat est hypnotique, comme elle l’avait imaginé. Et on est envoûté. Comme par l'ensemble de Ya Nass, d’ailleurs.

Disons-le tout net, cet album pour nous est un choc, une rencontre inattendue, le sentiment de voir la musique arabe trouver une nouvelle voie, une nouvelle voix, douce, feutrée, un peu cassée parfois.

Depuis l'année dernière, Yasmine enchaîne les concerts à l’international pour présenter cet album. Un jour au Caire, un autre à à Londres, à Paris… A Beyrouth aussi, le 8 juin. C’est un rythme éreintant mais c’est beau et ça fait partie de sa vie, dit-elle. "Dans le monde de la musique, on sort un album et on passe deux ans à le jouer, à le défendre. On est face au public, on doit assurer en toute circonstance, quel que soit notre contexte. Et puis le public influence la personne qu’on est sur scène. Le public, il change tout le temps. C'est très déstabilisant mais avec l’expérience on apprend à faire face."

Son style musical lui aussi a beaucoup changé au fil de sa carrière. Aujourd’hui, l’album Ya Nass est bien différent d’Arabology, sorti 2009 alors que Yasmine faisait partie de Y.A.S, le duo électro qu’elle formait avec Mirwais Ahmadzaï.

Mais pour l’artiste, rien d’étonnant dans cette évolution. "J’aime briser les tabous, ouvrir des portes, sans me soucier de ce qui se fait ou ne se fait pas," explique-t-elle. "Je suis partie du Liban il y a douze ans, pour m’installer à Paris. J’avais besoin de trouver d’autres codes, de me réinventer en tant qu’artiste." Elle ne sait pas encore de quoi son prochain opus sera fait.

Mais pour le moment elle est là, au Liban, et "ça fait du bien" dit-elle. "De toute façon, depuis toujours, dans ma vie, c’est un va-et-vient entre Beyrouth, et ailleurs. Mais ma ligne directrice, c’est ma recherche de liberté tout en conservant ma sincérité. Oui, au fil de toutes ces évolutions, j’ai toujours été fidèle à moi-même. Jamais je ne me suis trahie."

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#Musique, #Yasmine_Hamdan
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