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Art et culture

La cérémonie d'investiture d'Amin Maalouf à l'Académie française vue de l'intérieur

PARIS | Le 29 juin 2012 à 12h50
Par Antonin GREGOIRE
Bassem est le petit neveu d'Amin Maalouf, qui vient d'être élu à l'Académie française. Il a assisté à la cérémonie d'intronisation et nous la raconte, telle qu'il l'a perçue. Il nous raconte aussi Amin Maalouf, tel qu'il le connaît.
"Enfant, être le petit neveu de quelqu'un de célèbre est assez grisant pour l'égo. Ado, ca devient plus paralysant : on doit faire ses preuves. Mais le fait que ce soit une personne que tu aimes qui est connue est quand même très agréable. Après on grandit, on se détache davantage."

"La première fois que j'ai rencontré Amin c'était en 84 au Liban. Lui avait quitté le pays en 76, dès le début (de la guerre civile, qui a éclaté en 1975 ndlr)"

Mais c'est la deuxième rencontre avec son oncle qui l'a le plus marqué. "On était à Paris en 1985, nos parents nous avaient emmenés 'en vacances' un peu pour nous demander ce qu'on pensait de l'idée de venir s'installer ici. On dormait chez Amin alors, mais je ne l'avait pas encore vu. Ce soir-là je le vois sur Apostrophe à la télé, de chez lui, mais il n'était pas là. Le lendemain il est arrivé à midi. Le voir en vrai, après l'avoir écouté dans l'émission, c'était très étrange. Il nous a emmenés au fast food."

A partir de 86, sa famille s'installe à Paris et ils se voient régulièrement. "Amin n'est revenu que 4 fois au Liban depuis mais il est collé aux infos toutes la journée. Il est beaucoup plus attentif à ce qui se passe ici qu'à Paris."

"Je suis revenu à Paris spécialement pour la cérémonie d'Amin Maalouf à l'académie française, en même temps c'était un peu pour faire des vacances, quitter le boulot, tout ca." Bassem habite au Liban, où il fait un métier qu'il adore dans une boite qu'il n'adore pas.

La première réception a lieu au Cercle interalliés, dans le 7eme arrondissement de Paris.

"Dans la cour je retrouve la famille, ce qui représente 20 à 30 personnes. On voit des gens qu'on connaît bien en costume pour la première fois."

"Dans les salons on se croirait un peu comme à Versailles, grosse tentures, tapisseries, mobilier"

Les invités commencent à arriver. Beaucoup de monde, "peut être 300 ou 400 personnes" et pas assez de chaises pour les plus jeunes qui restent debout dans le fond.

Amin Maalouf et Jean d'Ormesson entrent sous les applaudissements.

D'ormesson fait son discours. "D'ordinaire je ne l'aime pas du tout. Mais j'apprécie son discours car il parle de quelqu’un que je connais et que j'aime. Par contre il se trompe dans le nom des livres (Rocher de Tainos). Et il enchaîne sur quelques banalités formelles."

Il parle du Liban, explique que le Liban est lié à la France, que quand le Liban souffre, la France souffre. Puis il déclare : "Je suis Libanais, pas seulement de cœur, j'ai un passeport Libanais."

Amin fait un discours où il parle de sa femme surtout. "C'est ma tante, ce qui me touche beaucoup. C'est elle qui s'est occupée de toute la cérémonie, invitations etc. C'est elle qui relit ses livres avec un jugement très sévère, bien plus que son éditeur."

On lui remet l'épée d'académicien mais Bassem est trop loin pour pouvoir la voir. Amin Maalouf a voulu qu'elle soit gravée d'une Marianne et d'un cèdre ainsi que du nom de sa femme et de ses enfants. "Il y a aussi une référence à Zeus en taureau, enlevant Europe, princesse Phénicienne". Amin Maalouf se bat pour le rapprochement de l'Orient et de l'Occident.

L'intronisation officielle a lieu le lendemain à 16h, "après c'est le pot aux beaux arts."

"On arrive dans la cour, on est accueilli par des types portant de gros colliers dorées, ça surprend. Cette fois tout le monde a de la place pour s'asseoir mais le fauteuil n'est pas du tout agréable."



Tout le monde s'installe et attend qu'Amin Maalouf passe la porte avec sa tenue d'académicien. "Les gardes républicains se mettent au garde à vous pour ma cousine qui arrive en retard avec son copain, tout le monde rigole."

Amin entre enfin. "Je vois d'Ormesson, je vois Giscard aussi. Je n'arrive pas à voir si Simone Veil est là"



Pendant les discours, Bassem n'écoute pas vraiment. "Je préfère regarder leur tête pour essayer de savoir ce qu'ils pensent. Certains ont l'air très sympa et décontracté et d'autres à l'inverse beaucoup plus coincés."

Giscard est le seul qui se retourne régulièrement pour regarder Amin pendant qu'il parle. "Je suis un peu inquiet pour le discours d'Amin, j'espère qu'il va plaire."

C'est un discours sur Claude Levy Strauss (dont Amin Maalouf prend le fauteuil).

"Je décroche vite. Pour moi c'est trop formel, ça ne ressemble pas à un discours d'Amin. Seule la profondeur des recherches historiques me permettent de faire le lien avec lui. Mais il n'y a pas d'idée ni de message, c'est juste un exposé sur la vie d'un homme. On dirait le travail très bien fait d'un élève très doué."

Bassem est davantage fan des écrits politiques de son oncle. "Je préfère ses essais politiques comme Le dérèglement du monde qui m'a plus marqué que Léon l'Africain par exemple."

"A l'issue du discours, il y en a pour trois minutes d'applaudissements. Je vois sur le visage de mon oncle qu'il est ému."

Puis suit le discours de Jean-Christophe Ruffin, l'écrivain diplomate qui introduit Amin Maalouf. Celui là est très élogieux. "Plus intéressant pour moi car il parle de quelqu'un que je connais. Il déclare que c'est grace à Amin qu'il est devenu écrivain ce qui me touche aussi."



On applaudit, "on se lève (tous sauf les académiciens). On voit pleins de gens venir s'agglutiner, c'est très difficile de l'approcher. J'essaye quand même, pour lui dire bonjour."

"Dans la cour, le service de sécurité se sent un peu débordé et fait la tronche on les entend dire 'On fait quoi on les sort ?' Non mais c'est qui, 'les' ?"



"Je sors fumer une cigarette dehors puis impossible de re-rentrer. Je passe par une porte à l'arrière et on me dit que c'est la sortie, qu'il sera impossible de revenir dans la cour. J'ai l'impression de voler des bonbons à l'académie française."

Ensuite, en route pour les beaux arts, à trois minutes à pied. "J'ai l'impression d'aller à un pot d'école d'archi d'il y a dix ans, quand j’étais moi-même aux beaux arts. Une fois dans l'établissement, on tombe sur deux jeunes étudiants, ils demandent 'c'est quoi', je réponds que c'est l'académie francaise. 'pfff' répond un des deux qui me fait penser à moi, il y a dix ans, quand j’étais à place, à regarder passer les gens de l'académie française dans mon école."

La soirée se passe dans la salle des beaux arts



Amin arrive dans son habit d'académicien et avec un attroupement impressionnant.

"Moi je reste à coté de mes cousins, ses enfants, pour entendre les commentaires des inconnus qui viennent les féliciter. Je regarde leur tête alors qu'ils écoutent. "Vous êtes issu d'une lignée illustre", "Tu te souviens de moi", auxquels répondent des "euh oui, non plus très bien" embarrassés. Ou "Oh c'est merveilleux ce qui vous arrive".

"Mes cousins ne sont pas aux anges, eux qui ont pris l'habitude de se définir en dehors de la renommée de leur père, on sent bien que ces commentaires les gonflent."

"En attendant, mon oncle c'est Haifa Wehbe, tout le monde veut sa photo avec lui."

"Ca ne te ressemble pas vraiment cette cérémonie"

Il y a des académiciens en habits qui se ballade au milieu des gens, font des mondanités... "A tel point que ça me donne envie d'essayer d’entraîner mon cousin pour qu'il montre ses fesses au milieu de la fête. Ca ne va pas marcher mais je voulais voir la tête d'Hélène Carrère d'Encausse."

"Je vais voir mon oncle avant de partir, j'arrive à l'atteindre pour lui dire bonjour, lui montrer que je suis venu. Je lui glisse: 'ça te ressemble pas vraiment cette cérémonie non ?' 'Non mais je suis quand même super content'.

Il a l'air très ému et un peu ailleurs. Je lui dis au revoir et je m'en vais avec le sentiment du devoir accompli."

Est-ce que Amin est à sa place à Académie française ? "Je ne sais pas", répond Bassem pas tout à fait convaincu. "C'est extrêmement symbolique mais pour moi il n'a pas besoin de ça. Pour moi c'est une consécration. Ça me fait plaisir mais ça me touche beaucoup plus quand quelqu'un me dit 'tu sais Amin Maalouf il a changé ma vie'. Quand on me dit ça j'ai les larmes aux yeux."
Tags
#AminMaalouf, #Liban, #Francophonie, #AcadémieFrançaise, #Littérature
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